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La manipulation destructrice (MD)
se caractérise par l'emprise, le mensonge, et l'escroquerie
financière. Elle se déroule en cinq phases :
Phase de séduction: au tout début de la
relation « sentimentale », période « idyllique ».
Période insidieuse: où les mailles du
filet vont se resserrer sur la victime, avec des critiques très
insidieuses.
Période de la violence morale apparente:
elle s’installe le plus souvent lors de la première maternité et
comporte des réflexions désobligeantes, des reproches et des
insultes de plus en plus fréquents, provoquant progressivement chez
la victime, une perte de l’estime et de la confiance en soi et une
culpabilité. Celle-ci est isolée de son entourage et souvent incitée
sous différents prétextes à cesser son travail, ce qui va la rendre
totalement tributaire de son agresseur. Le MD a un double visage,
charmant à l’extérieur (se montrant excellent comédien), et,
despotique dans le huis clos familial. Il se montre d’un
égocentrisme forcené, passant d’une attitude de séduction à des
colères, des bouderies sans raison. Il se fait sans cesse plaindre
et se pose en victime. Il ment et organise une véritable escroquerie
financière à l’insu de sa victime, développant sur son entourage une
relation d’emprise et un « lavage de cerveau ».
L’inceste fait souvent partie du tableau.
Période de la violence paroxystique:
lorsque la victime parle de séparation. Le tableau précédent devient
cataclysmique, avec souvent violence physique associée, chantage au
suicide, menaces de mort, et, menaces de prendre les enfants, de ne
pas payer de pension alimentaire, de faire passer la victime pour
folle, et de lui faire la guerre. Le viol peut faire partie du
tableau, et, le MD peut aller jusqu’au crime.
Période suivant la séparation: pendant
laquelle le processus de violence psychologique va se poursuivre
dans les procédures de divorce, la guerre promise, par procédures
interposées. Le MD présente une face lisse, au-dessus de tout
soupçon aux professionnels judiciaires (police, magistrats etc.), se
faisant passer pour la victime, accusant celle-ci de ce que lui-même
fait. Il se sert de son droit de garde (résidence habituelle des
enfants, ou, droit de visite et d’hébergement) pour continuer à
détruire les enfants, à les dresser contre le parent victime et,
pour se servir d’eux comme levier dans les procédures pour obtenir
tous les avantages financiers possibles. Il continue à perpétrer
l’inceste, bénéficiant d’une totale liberté d’action à chaque
contact avec les enfants. L’incompréhension de la situation et du
danger qu’encourent les enfants par la justice amène un certain
nombre de victimes à fuir avec leurs enfants.
Le comportement des agresseurs est totalement stéréotypé
induisant un comportement stéréotypé chez leurs victimes, dont les
histoires sont toutes strictement superposables: les manipulateurs
sont comme « clonés » les uns sur les autres.
Les répercussions sur les victimes (parents et enfants) sont graves,
les enfants étant atteints indirectement par la violence dont ils
sont témoins sur le parent victime, ou, directement, subissant
eux-mêmes le même traitement que ce dernier : état anxio-dépressif,
voire suicide, syndrome post-traumatique, troubles psychosomatiques
divers, voire cancers, avec de plus chez les enfants, échec
scolaire, violence scolaire et familiale etc.
Le profil des MD est particulier et fait partie du champ de la
psychose. |
Je vous mets en pages jointes, les pages
de conclusion de "Crimes impunis" où vous trouverez:
* la problématique dans son détail,
* mais aussi l'aspect nosologique
* et le schéma théorique du pourquoi les manipulateurs destructeurs
se construisent de cette façon,
tels que j'ai pu les dégager sur le terrain.
Pensez-vous pouvoir le faire lire aux confrères qui étaient présents
et qu'on planche ensemble sur la nosologie et ce schéma théorique
qui à mon sens doivent être étudiés plus avant.
Il reste beaucoup de choses à étudier sur cette problématique et il
me paraît dommage qu'on n'avance pas dans cette étude qui, encore
une fois, touche (plus de) 30% de la population....?
Le constat que j'ai fait, a été également fait au quotidien par les
professionnels avec lesquels je travaille, notamment les avocats
spécialisés et les parlementaires.
Encore une fois, je suis "victimologue dans l'âme" et je n'aborde
pas les choses sous l'angle de la psychanalyse, mais j'ai observé
avec plaisir que vos (nos) confrères étaient centrés sur la
nosologie qui semble les interpeler également.
J'attends le retour de votre association (les confrères présents
tout au moins) avec impatience, cordialement, |
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Geneviève
Pagnard |
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Madame, vous interrogez
l’association des psychiatres de Vaucluse sur les
commentaires et avis ayant fait suite à votre exposé très
vécu et engagé.
Je crois être des destinataires de cette demande puisque
j’ai effectivement questionné le rapport à la « nosographie
psychiatrique », cette fragile armure dans laquelle nous
exerçons.
Je vous avoue que je suis doublement troublé par votre
exposé :
D’une part par sa sincérité et l’implication personnelle
qu’il met en œuvre: vous avez rejoué pour nous un « scenario
» que nous voyons se dupliquer à longueur de consultation,
et nous y reconnaissons toute la consistance objective de
nos propres empêchements et de nos échecs, si toutefois il
arrive que nous envisagions de chercher à modifier le cours
des choses, là où la « passion » et son envers conduisent
nos patients.
Mais aussi comme je l’ai exprimé, je reste sur le sentiment
d’un malaise pour ce qui concerne la position du psychiatre
ou celle du témoin susceptible de proposer quelque
compétence que ce soit auprès de ces scénarios pathétiques,
vis-à-vis du carcan diagnostic qui constitue le schématisme
de notre entendement professionnel : le psychiatre depuis
bientôt un siècle et demi est invité, dans la tradition
positive, à juger de la « structure », ou de la « forme
pathologique » des actions et des acteurs du roman familial.
Il est amené avec une forte attente des tribunaux, à se
prononcer sur le fameux diagnostic de « perversion » sur
lequel je ne cesse de dire qu’il y a malentendu sociétal,
puisque ce diagnostic est un verdict.
Dans le cas particulier de la « victimologie », ce
diagnostic ne devrait être porté en aucun cas puisqu’il
concerne toujours la personne qui n’est pas consultée. Ce
diagnostic, objet impossible de la psychiatrie, pose d’autre
part à mon sens d’autant plus problème qu’il est couplé à
des éléments de psychopathologie : pathologie « narcissique
», « traits de personnalité paranoïaque », « psychopathie »,
puisque ce mélange indique d’une part l’hésitation inhérente
à la position du diagnostic porté sur une personne non
consultée, et d’autre part celle découlant de l’ambiguïté
par rapport au concept lui-même de structure, qui impose que
si l’on est hors-champ (perversion), on n’est pas dans le
champ (psychonévrose). Il y a là je crois le malaise de
toute la pensée psychiatrique qui veut se garder une liberté
de circulation et parler de la structure depuis une position
extérieure, c’est-à-dire le malaise de toute la psychiatrie
objectivante (c’est-à-dire de toute la psychiatrie) depuis
mettons Kraepelin et son inspirateur Kraft-Ebbing qui en
matière de perversion avait pour le moins posé un cadre.
Décrire dans le langage les arguments ou les mécanismes de
la perversion, c’est poser qu’on ne les utilise pas, c’est
se repeindre en blanc. Le pervers c’est l’autre sauf dans la
bonne littérature (Sade, Céline, Houellebecq, …). En
psychiatrie et en sciences humaines en général, le pervers
comme concept constitue l’envers de la vertu qu’on affiche.
Il y a là un hiatus qui n’est pas résolu.
Si seulement notre problème devait consister à penser un
cadre pour distinguer les psychopathologies des perversions,
nous pourrions penser qu’il y a du travail, mais s’il
consiste à décrire les premières en reléguant les secondes à
la responsabilité des juges, cela nous laisse sans voix pour
évoquer toute notion de structure : « astructurations », a
dit génialement Bergeret : Que faire de ça ?
Il faut dire que le vocabulaire de la psychanalyse n’a pas
facilité la tâche ingrate du clinicien et encore moins celle
de l’expert : Pervers narcissique, qu’est-ce que cela laisse
dire de ce qu’il reste du narcissisme de celui (ou celle)
qui est « malade », (ou rendu malade) ?
Il y a alors un « pervertisseur » narcissique et un (ou une)
perverti(e) narcissique : un ou une qui ne sait plus rien
faire pour garantir son minimum narcissique, son salaire
minimum interrelationnel narcissique garanti. S’il y a là
absence totale de dysfonctionnement, alors j’interroge
activement la structure comme concept clinique, mais aussi
bien comme logique sociale.
Quant au terme de manipulateur destructeur, c’est vrai qu’il
laisse à distance de la question narcissique, ce qui réalise
en définitive une heureuse économie des ambiguïtés du
discours clinique, mais il reste redevable du curieux
concept de « manipulation » qui a une vogue importante dans
le monde psy : si par « manipulation » on entend « recherche
de position influente », je pense que la moitié des acteurs
et des sujets de ce monde manipule l’autre moitié dans un
accord dialectique et tacite, sans qu’aucune pathologie ne
soit évoquée par les « analystes », qu’ils soient politiques
ou freudiens. Et en toute bonne foi, j’avoue préférer mille
fois la manipulation au manque méprisant de celle-ci (qui en
est la forme la plus toxique).
L’expression me semble donc pour honnête qu’elle soit,
relever plutôt du systématisme que de l’analyse in situ dont
pourtant, vous nous avez donné de superbes exemples. Encore
une fois, j’y substituerais volontiers un terme comme «
sadisme du quotidien ou sadisme banal », ma pensée allant en
vérité vers l’idée d’un sadisme petit-bourgeois, par
opposition à celui des châteaux et des marquis, un sadisme
de l’intérieur bourgeois en régime libéral, où la liberté et
le droit de cuissage concédé au citoyen de base dans l’ «
intimité » du foyer, tient plus du principe de libre
circulation des marchandises que du droit commun.
Qu’allons-nous faire, nous autres pauvres psychiatres commis
à la surveillance de l’application des règles de bonnes
société, dans un monde qui appelle à la consommation
outrancière des biens et des objets de plaisir, pour
garantir le jugement clinique et les « diagnostics » de «
pathologie » des individus, mais aussi des situations,
lorsque les sacro-saintes balises du « bon sens » ne font
plus partie de ces biens, et ne nous sont concédées qu’à
titre de pis-aller au moment où la maison œdipienne n’est
plus qu’un amas de ruines ? (Je ne suis pourtant pas hostile
à l’idée de la « déconstruire ».)
Mon sentiment est donc que des mouvements comme le vôtre ou
celui de Marie France Hirigoyen apportent un incontestable
secours aux plus aliénées des victimes des gentils sadiques
de la bonne société de liberté de consommation, qui après
avoir mis le feu aux mœurs, nous demande de tout faire en
conscience pour éteindre l’incendie des égoïsmes
spéculatifs. Mais pour nous cliniciens c’est cet «
automatisme de répétition » des situations conjugales qui
reste à analyser peut-être à distance du divan, mais
certainement en tenant compte de ce que les effets
mécaniques de la structure psychique peuvent impliquer dans
la « bonne société » qui se doit d’être une société en bonne
santé psychique.
Je vous remercie de votre pertinente mise à contribution et
vous remercie encore pour votre apport original, courageux,
et qui si l’on y porte l’attention qu’il requiert, n’a pas
fini de faire jaser.
Très amicalement.
Jacques Roux.
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