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CRIMES IMPUNIS |
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CHAPITRE XXIII - CONCLUSIONS |
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Après avoir rassemblé pour mémoire, les différents éléments du canevas de la manipulation destructrice, et les répercussions psycho-traumatiques chez les victimes, nous poserons la question de la personnalité du manipulateur destructeur et des renseignements à rechercher auprès des enfants et de la manière de les obtenir. CANEVAS CLINIQUE DU PROCESSUS DE MANIPULATION DESTRUCTRICE ET REPERCUSSIONS SUR LES VICTIMES : La manipulation admet schématiquement sept périodes durant lesquelles l’emprise du bourreau sur sa victime va se développer au fil des années : 1)- la phase de séduction, période initiale où le manipulateur destructeur charme sa future victime, déployant force de séduction par ses manières de gentleman, sa culture ainsi qu’un côté vulnérable et attachant. En effet, il a tendance d’entrée de jeu à se faire plaindre d’elle, se présentant comme un incompris, un mal-aimé au passé douloureux que seul l’amour pourra sauver. La future victime se trouve devant un être se décrivant comme correspondant trait pour trait à ce qu’elle recherche, paré des qualités auxquelles elle tient, croyant aux mêmes valeurs qu’elle et ayant la même vision des choses, souhaitant réaliser le même projet de vie qu’elle. Le rêve... Il peut parler de coup de foudre et précipiter le mariage, lui faisant penser qu’il tient particulièrement à elle, prétendant n’avoir jamais éprouvé de sentiment semblable par le passé. En réalité, il a guetté ses confidences sur les points où elle manque de confiance en elle qu’il utilisera tout à loisir ultérieurement pour distiller son venin, et, sur les valeurs auxquelles elle tient et les espoirs qu’elle fonde dans cette relation, prétendant tenir aux mêmes valeurs qu’elle et avoir les mêmes espérances, pour endormir sa méfiance et lui donner à croire qu’elle a trouvé l’âme sœur. Il n’hésite pas à la parer de toutes les qualités, tel le renard avec le corbeau, pour obtenir l’objet de sa convoitise, en l’occurrence ici le fromage, et là, pour détruire dorénavant tout ce qui le torture : ses qualités enviées. A ce propos, cette fable constitue un magnifique exemple de manipulation qui montre s’il en était besoin, que la manipulation est née avec l’Homme et nous fait remonter à des temps plus reculés que La Fontaine et Esope. Gare aux excès de compliments et au charme enjôleur ! Ultérieurement, il revêtira le même charme chaque fois que sa victime cherchera à s’éloigner de lui. 2)- la période insidieuse s’installe ensuite dès que la victime est piégée dans les mailles du filet qui s’est refermé sur elle par le mariage ou la vie commune, ou simplement par l’acquisition d’un bien immobilier. Cette période est très difficile à décrypter, car les critiques sont insidieuses, diluées dans la vie quotidienne, mêlées à des éléments positifs, et présentées comme participant de l’intérêt de la victime. Elles s’appuient sur des éléments reconnus comme vrais par la victime, ceux recueillis dans les confidences du début de leur relation. Par exemple, si elle se sent complexée sur son aspect physique, il va y faire une allusion péjorative qu’elle va accepter, la reconnaissant comme sienne, et dans la foulée, va accepter du même coup une critique dans un secteur où elle n’avait aucun doute sur sa valeur, tel que la sphère professionnelle. Ces critiques vont se multiplier au fil du temps, pour s’étendre à tous les domaines de sa vie, à tout ce à quoi elle croit, à ses goûts. Au fur et à mesure, tout est passé à la « moulinette » de la destruction. Parallèlement, il continue à se faire plaindre d’elle, à se montrer vulnérable, ce qui explique notamment pourquoi elle ne le perçoit pas come un agresseur et pourquoi elle ne se rend nullement compte de l’installation de l’emprise sur elle, car il se place dans un registre d’apparente vulnérabilité qui est à la fois l’expression d’un désir plus ou moins refoulé que nous reverrons ultérieurement, et, la source de reproches ultérieurs à l’égard de la (du) partenaire. La résistance se développe inconsciemment chez la victime, pour faire face aux critiques dévalorisantes émises par son agresseur, ainsi qu’au doute et à la culpabilité qui commencent à se faire jour et qui vont l’amener à tout faire pour tenter de s’améliorer, et de le (la) rendre plus heureux (se). Il est bien sûr préférable de ne jamais précipiter un mariage, la mise en route d’une grossesse ou l’acquisition d’un bien immobilier, et se laisser le temps de la réflexion. Et ce surtout si on perçoit confusément qu’on ne se sent pas totalement à l’aise avec la personne et qu’on n’a pas la sensation de s’épanouir à son contact, et si on commence à croire qu’on devrait réviser telle ou telle partie de sa propre façon d’être ou de s’habiller. En fait, toute réflexion péjorative ou tout reproche doit commencer à éveiller le soupçon, même si elle s’assortit de propos d’allure « amoureuse ». Au bout d’un certain temps, en général assez court, la victime peut déjà faire un point sur le nombre de réflexions et de reproches déjà formulés et y percevoir la trame qui s’installe. Il faut accepter cette remise en question et ne pas se laisser noyer par l’aspect scintillant qui l’entoure. Il faut savoir accepter de renoncer à ce « rêve si idyllique ». Pire encore, lorsqu’on constate avec le temps qu’on ne se sent plus aussi gai et léger qu’avant, qu’on a l’impression que quelque chose de sombre est tapi dans l’ombre et qu’on commence à se sentir angoissé, c’est que quelque chose ne va pas et cela doit faire réfléchir pour en localiser la provenance. 3)- la période de la violence morale apparente s’installe le plus souvent lors de la première maternité. Nous en verrons les raisons plus loin. Au fil des années, le conjoint va se transformer en un véritable dictateur constamment insatisfait, exigeant à l’extrême sur la tenue de la maison, sur l’éducation des enfants etc. Le comportement des manipulateurs destructeurs est, nous l’avons vu, totalement stéréotypé d’une histoire à l’autre et rassemble un certain nombre de caractéristiques constamment présentes d’un cas sur l’autre. Ce comportement est constitué d’agressions à la fois dans le registre verbal, moral, financier, sexuel etc. Le manipulateur destructeur attaque dans tous les domaines, faisant feu de tout bois. C’est ce mode de comportement systématisé, allant crescendo, devenant quotidien qui différencie la manipulation destructrice d’un autre mode de violence psychologique. En effet, un être alcoolique chronique par exemple, peut avoir lors d’une imprégnation plus importante, des propos blessants, des reproches etc., mais, le lendemain, lorsque les vapeurs de l’alcool se seront estompées, il peut redevenir l’être adorable qu’il est. Même si cette violence se répète au fil des excès de boisson, elle n’a pas le caractère systématique de la manipulation destructrice. En revanche, si cet alcoolisme chronique s’installe chez un manipulateur destructeur, la violence va perdurer même en dehors de tout excès d’alcoolisation. Les manipulateurs destructeurs ont fréquemment une propension à consommer de l’alcool de façon excessive et de ce fait, à une violence chronique et systématisée, se surajoute une violence plus virulente et plus ponctuelle lors de l’excès de boisson, ce qui est encore plus traumatisant pour les victimes (parent et enfants). De même, comme nous l’avons vu, chacun de nous avoir une « phrase malheureuse », mais cela n’a pas le caractère systématisé du processus de manipulation destructrice. Les caractéristiques qui se retrouvent systématiquement dans ce processus sont les suivantes : - Les manipulateurs destructeurs offrent tous un double visage : face aux personnes de l’extérieur, ils se montrent charmants, charmeurs, séducteurs, subtils, pleins d’esprit, attentionnés voire serviables, « gens du monde », bien élevés, pondérés, affichant le sens des responsabilités, plein de sollicitude pour leurs enfants. Leur famille d’origine entretient elle-même cette apparence séductrice, charmeuse et bienveillante. - Cette attitude, en rupture totale avec leur comportement dans l’intimité, n’est faite que de mensonges. Ils agissent avec un art consommé de la comédie. En réalité, dans le huis clos de l’institution familiale, nous l’avons vu, ils se montrent tyranniques, machiavéliques, usant de contrevérités par lesquelles ils réfutent sans cesse ce qu’ils ont affirmé précédemment et créant un flou insaisissable, jouant sur le côté scrupuleux de leur compagne (on) qui croit toujours l’avoir mal compris, et croit pouvoir l’aider quand il se fait plaindre. Il est remarquable d’observer que leur attitude n’est pas en concordance avec ce qu’ils prétendent : ils agissent à l’inverse de ce qu’ils prétendent. Par exemple, tel manipulateur destructeur va se prétendre « un grand ami des bêtes », mais va refuser de sauver un chien abandonné, sous prétexte qu’il risque de lui amener des puces ou des maladies. Du fait de cet énorme décalage entre les deux visages du manipulateur destructeur, la victime n’est souvent pas crue lorsqu’elle tente d’expliquer le comportement tyrannique de son (sa) compagnon(e) à l’entourage qui n’a connu cet être que sous ces meilleurs aspects. L’entourage va penser qu’elle doit se tromper et avoir mal interprété les attitudes de son compagnon, renforçant le doute qu’il a développé en elle, la maintenant ainsi dans sa terrible prison. Il aura tôt fait de la faire passer pour quelqu’un de vulnérable, d’un peu trop sensible, de dépressif, « parano », voire de la tourner en ridicule aux yeux des autres. Cela renforce sa croyance qu’elle est à l’origine de tous les malheurs de la famille, et permet à la situation de perdurer plus encore. Dans certains cas, ils montent même la famille de leur victime contre elle ! Ainsi, l’entourage est victime du même mirage que la victime lors de leurs premières rencontres, le manipulateur destructeur dissimulant soigneusement son côté diabolique. Selon les personnes que l’agresseur a en face de lui, il va se montrer plein d’attention envers sa victime, ou plein de sollicitude pour ses enfants, jouant le rôle d’un parent très responsable et soucieux de leur éducation. Il se montre excellent acteur et abuse la plupart du temps son public, souvent le juge lui-même lors de la procédure de séparation, juge qui n’a pas l’autre partie de sa personnalité devant lui pour pouvoir le démasquer, et devant lequel il n’hésite pas à mentir effrontément pour masquer ses intentions et la vérité des faits. Le mensonge fait partie intégrante de leur système dont il constitue la pièce maîtresse. - Le manipulateur destructeur complète ainsi son plan diabolique, visant à isoler sa victime de son entourage et à la rendre responsable de toute chose. Tous les prétextes sont bons, toutes les critiques, pour éviter de recevoir les amis et la famille de sa (son) partenaire et pour l’empêcher de les rencontrer, l’isolant de plus en plus et la mettant à sa merci. Souvent, il lui fait arrêter son travail « pour s’occuper des enfants », la rendant totalement tributaire de lui affectivement et financièrement. Par ailleurs, plus il sent qu’une personne l’a démasqué et plus il va se montrer persuasif pour éloigner sa victime d’elle. - Il est à noter que l’inceste ou un comportement incestuel fait volontiers partie de l’histoire pour des raisons que nous verrons plus loin, soigneusement dissimulé, venant compléter ce tableau de dictature absolue. Les manipulateurs destructeurs manipulent leur partenaire, en prétendant qu’elle(il) a fait de leurs enfants de fieffés menteurs, pour anticiper tout risque de révélation de la part de ces derniers, et manipulent les enfants, en prétendant agir « par amour pour eux » et en leur interdisant toute confidence à leur mère(père) qui « pourrait être jaloux(se) de cet amour », ou, selon l’âge, en leur disant que « par leur faute ils pourraient être envoyés en prison ce qui tuerait l’autre parent ». Dans les cas les plus violents, ils font peser une menace de mort sur les enfants et sur le parent victime. - Ils s’enrichissent sur le dos de leur partenaire, en lui faisant payer des charges familiales de plus en plus lourdes, l’amenant souvent à s’endetter, noyant leur stratégie sous des propos et des raisonnements financiers flous et rébarbatifs, se plaignant des dépenses excessives de leur partenaire et du poids de leurs propres charges, alors qu’ils ont tout calculé de manière à ce que celles-ci restent le plus minime possible, rationnant la famille au maximum, tout en continuant à dépenser ce qu’ils veulent pour eux-mêmes, pouvant élaborer de véritables plans pour se rendre propriétaires de biens immobiliers, réalisant un réel abus de confiance, ce qui constitue une autre forme de mensonge. Très jeunes, les manipulateurs destructeurs ont commencé à mentir, puis ont affiné leur tactique, la doublant d’un esprit de plus en plus stratège, fonctionnant dans un système de pensée hors de la « norme », leur permettant de ne pas être débusqués et de prévoir leurs coups avec des années-lumière d’avance sur leurs victimes. Ils sont les maîtres dans l’art d’anticiper, d’affabuler, de calculer, de mettre en place leur stratégie dévastatrice et d’escroc. Là encore, la victime ne fonctionnant pas du tout dans ce type de registre se laisse abuser, d’autant plus facilement qu’on leur « donnerait le bon Dieu sans confession » tellement ils semblent sincères, gentils, honnêtes etc. - Ils se font sans cesse plaindre : ses parents leur ont préféré un frère ou une sœur, on ne les apprécie pas à leur juste valeur à leur travail, leur partenaire ne les aime pas selon leurs besoins, ne s’occupent pas d’eux comme ils le souhaitent. Ils se font passer aux yeux de leur partenaire pour des victimes incomprises, le mettant dans l’obligation de tout faire pour les satisfaire et les consoler, mais en pure perte : rien n’est jamais suffisant, ils sont éternellement insatisfaits et « malheureux ». - Ils refusent toute remise en question, de dispenser toute aide, tout soutien à leur partenaire. Toute demande d’aide reste sans effet. Plus la victime insiste, lorsque cette requête lui tient à cœur, et plus ils la tournent en dérision, par une pirouette humoristique, ou font la sourde- oreille avec un sourire narquois, ne laissant aucune prise à sa victime, lui opposant qu’elle exige trop de lui ou qu’il n’est pas là pour ça, boudant parfois pendant plusieurs jours sans lui en donner la raison, lui laissant le soin d’en trouver l’interprétation et de se culpabiliser. Si elle se révolte, ils se hâtent d’étouffer sa réaction dans l’œuf par une colère. Aucune requête, et encore moins de revendication de la part de la victime n’a de chance d’aboutir, au mépris de ses besoins et ses désirs les plus légitimes et élémentaires. Les enfants n’échappent pas à ce traitement « de faveur ». D’une façon générale, les manipulateurs destructeurs balaient tout besoin ou tout désir qui ne serait pas le leur, se montrant d’un égocentrisme forcené. On assiste en fait à un véritable déni de l’existence du conjoint victime et de ses enfants, car l’existence des autres leur est nécessaire pour les détruire, nous verrons pourquoi ultérieurement. Ils détiennent le pouvoir absolu. Le manipulateur destructeur est un monarque absolu, régnant en maître sur la famille, le chef d’orchestre faisant tourner tout le monde à sa baguette, imposant ses vues sur tout et tous ses états d’âme. Il comptabilise toutes les dépenses, rationnant tout arbitrairement. Il s’est forgé une idée personnelle du monde qu’il impose aux autres, en dépit de toute logique. Il développe une réelle dépendance affective chez sa victime, « comme une droguée pour son héroïne », qui est à la mesure de l’emprise qu’il exerce sur elle, en la repoussant durement lorsqu’elle cherche de l’affection, ou qu’elle a besoin de lui, rendant ce manque d’affection plus cruel encore. Elle est attirée toujours plus vers lui pour tenter de combler son manque (il rejoue avec elle quelque chose de sa propre histoire, nous le verrons plus loin). Il semble jouir de sa détresse, jouant avec elle dans ces moments-là, comme le chat avec la souris, se montrant diabolique. - Il passe par des alternances de calme, de bouderies et de colères, sans raisons claires, bousculant de plus en plus les points de repère de la victime, « justifiant » ses attitudes par des reproches en tout genre. Il la déstabilise plus encore en usant de contrevérités, disant quelque chose un jour, puis prétendant ne l’avoir jamais dit lorsqu’elle le lui rappelle, lui faisant croire qu’elle a mauvaise mémoire ou qu’elle est de mauvaise foi. Lorsqu’elle se montre affectée par sa réaction agressive, il va prétendre d’un ton moqueur, sarcastique, suffisant ou méprisant qu’il n’a pas voulu lui faire de mal, qu’elle est trop sensible, qu’elle est un peu trop « parano », qu’elle comprend tout de travers, ou encore qu’elle l’a bien cherché, qu’elle le mérite pour un prétexte quelconque, la culpabilisant de surcroît. Dans l’ensemble, le comportement du manipulateur rappelle certaines séquences de dessins animés où le chat se montre enjôleur avec la souris, lui tendant le fromage tant convoité, tout en tenant un gourdin derrière son dos. Si celle-ci se laisse enfin tenter, il lui en donne un coup sur la tête... La victime comprend d’autant moins le rejet et l’agressivité de son conjoint, qu’elle fait tout ce qu’elle peut pour le rendre heureux et qu’il prétend ne pas pouvoir se passer d’elle. Effectivement, il se montre immédiatement plus « gentil » pour la retenir si elle évoque l’idée de le quitter. Dans ces moments là, il est capable de petits gestes d’attention, de petites phrases valorisantes, de promesses d’amélioration, faisant même amende honorable. Mais sa tactique consiste surtout à se faire plaindre d’elle pour masquer le côté machiavélique de son comportement. Il prétend qu’elle se montre trop exigeante envers lui, qu’il est profondément malheureux, qu’il a besoin d’elle, ne peut pas vivre sans elle. Il lui dit souvent, en se lamentant qu’elle n’a rien compris, l’amenant à se remettre en question et à croire qu’effectivement elle le comprend mal, renforçant sa confusion et sa culpabilité. Il peut reprendre son attitude enjôleuse et de « pauvre petit enfant vulnérable, sans défense » du début de leur relation, la ramenant à une période où le bonheur était « effectivement » là et lui donne à croire que ce bonheur qu’elle recherche tant, est à portée de sa main. Elle reprend ainsi « une petite dose de cette drogue d’espoir» qui la tue au fil du temps. Mais petit à petit, le mal que lui procure cette drogue va finir par s’imposer à elle et la pousser loin de lui pour se préserver, et ses enfants avec elle. Il se montre suppliant si nécessaire pour mieux la ramener vers lui. Lorsqu’il la sent prête à le quitter, il n’hésite pas à avoir recours au chantage au suicide. Devant les quelques gestes d’attention et la détresse affichée, la victime croit qu’il l’aime et essaie de l’aider à surmonter ce désarroi affiché, remettant toujours à plus tard sa décision de départ, et perdant ainsi de vue les raisons qui la poussent à partir. - Il multiplie les réflexions dévalorisantes, renforçant le doute, l’accusant d’être une piteuse maîtresse de maison, une mauvaise mère (un mauvais père) et un(e) époux(se) totalement insuffisante. Rien n’échappe à ses critiques acerbes: la victime est nulle, une moins que rien, il l’a sortie du ruisseau, sans lui elle ne serait rien, elle s’habille mal, n’est pas assez féminine, fait un travail de merde, élève mal les enfants, décore mal la maison, a des goûts de « chiotte » etc. Les critiques insidieuses continuent parallèlement. Il la met en situation d’impuissance et d’insuffisance totale. Des critiques sur des points qu’elle remettait elle-même en question, on passe à une atteinte de tous les domaines au fil du temps, l’amenant à douter de tout et à se croire impuissante vis-à-vis de tout. Les repères sur lesquels elle s’était construite volent en éclat et elle est totalement déstabilisée. Tout est prétexte à reproches, qui vont semer une culpabilité et vont entacher progressivement tous les domaines de la vie de la victime, l’obligeant sans relâche à se justifier : elle ne sait pas l’écouter, n’est pas suffisamment demandeuse en matière sexuelle, n’entretient pas convenablement les affaires de son (sa) partenaire, gâche toujours tout, fait mal la cuisine, ne connaît pas ses goûts en matière culinaire, lui coûte trop cher, est trop laxiste avec les enfants, laisse traîner leurs jouets, est tout juste capable de les nourrir mais pas de les élever, ne se montre pas assez exigeante sur les résultats scolaires, les laisse chahuter, les habille mal, n’est pas assez rigoureuse dans l’entretien de la maison. Bref, selon lui, tout va mal, et elle en est responsable. Puis viennent les insultes : « tu n’es qu’un(e) con(ne), une poufiasse, un(e) salop(e), une grue, un(e) enculé(e), un(e) abruti(e), tu ne sais pas baiser, un(e) gros(se) nul(larde), tu n’as rien compris à rien, tu as une gueule à chier dessus » etc. Ainsi, la victime va être dévalorisée, démontée, démolie, méprisée, ridiculisée, insultée. Les répercussions sont multiples et peuvent être dramatiques. Ce processus ne cesse de s’intensifier au fil des années, développant chez elle une résistance de plus en plus intense pour maintenir un écran protecteur entre le parent agresseur et les enfants afin de tenter de protéger ces derniers, et pour réussir à supporter tout le poids qu’il fait peser sur ses épaules, poids tant de critiques et reproches acerbes que de toute la charge de la maison et de la vie familiale qu’il laisse entièrement reposer sur ses seules épaules. C’est l’escalade : plus la victime fait d’efforts et plus il se montre insatisfait, rendant le doute et la culpabilité lancinants. Elle est passée à la « moissonneuse-batteuse » de la destruction totale. Ses repères lui échappent progressivement, devant les exigences et les critiques de sa (son) conjoint(e), comme si elle avançait sur un terrain savonneux, sur lequel elle n’a plus prise, plus de certitude sinon celle de sa nullité absolue. Un véritable tyran. Le plus douloureux pour elle, est qu’il lui fait croire que les enfants sont malheureux, mal élevés et qu’ils le sont par son fait à elle. Elle le croit d’autant plus volontiers qu’elle voit bien qu’ils rencontrent des difficultés, sans savoir qu’elles sont liées à la situation traumatisante. Le manipulateur destructeur va jusqu’à inventer des choses allant mal, diluées au milieu de choses qui vont effectivement mal, selon le même processus que les critiques insidieuses, c’est-à-dire sur deux niveaux, l’un reconnu comme vrai par la victime, et l’autre n’étant qu’un effet « d’intoxication en nappe ». Au fur et à mesure, il réussit à la contaminer par l’idée que le malheur règne dans cette famille par sa faute, entraînant chez elle progressivement un sentiment dépressif, alors qu’il ne s’agit que la projection de son sentiment à lui, comme nous le verrons plus tard. Elle fait tout ce qu’elle peut pour ramener le bonheur, mais en vain : un cercle infernal fonctionnant comme un « conditionnement négatif » contre lequel elle devra lutter également après la séparation : ramener le bonheur à tout prix, parce qu’il a prétendu que règne le malheur, puis parce qu’elle sera convaincue que règne le malheur. Le désespoir se développe progressivement. Le rejet, les critiques, les dévalorisations et reproches constituent son pain quotidien, s’intensifiant au fur et à mesure, renforçant sa résistance et l’amenant à une révolte progressive, ainsi qu’à une tristesse de plus en plus patente, car elle l’aime, qu’il (elle) est l’homme (la femme) de sa vie, le père ou la mère de ses enfants, un être attachant, déroutant, insaisissable, instable, et qu’il lui a fait miroiter qu’il était son âme sœur lors de leur rencontre. Elle n’a de cesse de rechercher ces valeurs qu’il prétendait détenir, pensant que le fait qu’il soit malheureux les masque. Dans ce tableau de violence, la victime se retrouve basculée, déstabilisée, entre le bonheur (que lui apportent ses enfants et les rares attitudes bienveillantes de son conjoint) et les exigences tyranniques de ce dernier, et, entre ses alternances de comportement qui passe sans prévenir et sans explication, de l’apparence de calme harmonieux, à la bouderie ou la colère. Un despote dont l’ensemble du comportement est empreint d’une violence extrême et profondément destructurante. L’ambiance devient insoutenable : un étouffement lié à tous les interdits et les règles extravagantes qu’il impose, et à l’imminence de crises de violence qui planent et éclatent de plus en plus fréquemment. Pour elle, l’évolution va se faire selon deux courbes. D’une part, elle espère toujours que le bonheur s’installe en faisant tous les efforts exigés et « prescrits » par le conjoint, et les instants de bonheur qu’elle rencontre lui font penser qu’elle va y parvenir, (mais elle ne prend pas conscience qu’ils lui viennent des enfants, pas du conjoint). Parallèlement, au fil du temps, elle va mesurer que ce qu’elle espère si ardemment ne pourra jamais advenir et le découragement survient. Lorsqu’elle constatera que la destruction par le compagnon est s ans cesse plus violente, et que le bonheur ne fait plus l’équilibre, ce sera le point de non-retour, souvent à la faveur d’un évènement plus traumatisant encore. Elle commence alors à envisager plus sérieusement la séparation et s’éloigne de son agresseur. Son compagnon le percevant, va devenir plus tyrannique encore et plus plaintif en alternance, pour faire pression et l’empêcher de s’éloigner, la déstabilisant plus encore. Le recul de ses espoirs, associé à l’intensité des reproches, de la dévalorisation, et, des insultes qui se surajoutent, va, en plus de la charge énorme qu’il place sur ses seules épaules, l’amener à un état d’épuisement, de dépression, de désespoir. Elle perd toute confiance en elle. Elle finira par comprendre que la fuite reste sa seule planche de salut, mais dans l’état épuisement où elle se trouve, elle a l’impression qu’elle n’arrivera jamais à surmonter une séparation, d’autant qu’il lui a souvent répété qu’elle avait de la chance de l’avoir rencontré et que sans lui, elle ne serait rien. Une atmosphère constante de drame imminent finit par s’installer, tantôt larvé, avec des allusions voilées aux comportements qu’il lui interdit, tantôt manifeste, par une myriade de réflexions dévalorisantes et de reproches et insultes en tout genre, assortis de hurlements et de gestes violents. L’angoisse et la peur s’installent et ne la quitteront plus. Il prend de plus en plus des airs catastrophés ou suffisants qui entraînent la victime dans des affres d’angoisse et de détresse. Les troubles psychosomatiques en découlant ne sont pas rares, liés au stress permanent et à la dépression. Certaines victimes pouvant voir se développer un embonpoint, ou divers troubles variés, voire un cancer. La victime peut faire une tentative de suicide ou se suicider. L’agresseur sera alors plaint par l’entourage d’avoir vécu au côté d’un conjoint dépressif. Le meurtre parfait… Et le crime de rester impuni… 4)- la période de la violence paroxystique s’installe ensuite lorsque la victime parle de séparation. Les manipulateurs destructeurs semblent dépourvus de tout sentiment, se montrant cinglants, glacials, annonçant à la victime « qu’elle est folle, incapable d’élever les enfants, qu’elle n’en aura pas la garde, qu’elle n’aura pas de pension alimentaire, qu’elle veut la guerre et qu’elle l’aura. » Cinq phrases qui se retrouvent de façon stéréotypée dans tous ces dossiers et qui annoncent en réalité le programme des « réjouissances » à venir… C’est brusquement un véritable ouragan qui se déchaîne. C’est le « châtiment logique et inéluctable » auquel elles s’exposent si elles s’entêtent dans leur décision de rupture. L’agresseur cherche à faire reculer sa victime à tout prix par ses menaces et il y parvient d’autant plus qu’elle est tellement convaincue de son impuissance à gérer les choses, nous l’avons vu, et tellement épuisée qu’elle se sent totalement incapable de surmonter une séparation en plus. L’alternance des comportements exposés dans le paragraphe précédent va être poussée à son paroxysme, avec des colères extrêmes, avec bris d’objets (rarement ceux de l’agresseur) et des coups portés sur la victime ou sur les enfants. Les manipulateurs destructeurs frappent volontiers contre les murs. Le viol s’inscrit alors chez un certain nombre d’entre eux, comme ultime moyen de destruction et d’emprise, éventuellement assorti de menaces verbales de mort, voire même de menaces physiques de mort (avec un couteau sur la gorge de la victime par exemple, ou souvent, par des gestes d’étranglement). Les colères alternent avec des phases d’abattement apparent, marquées de chantage au suicide sous des airs de désespoir total, voire avec de véritables mises en scène de suicide, parfois même devant les enfants. Elles sont tout aussi violentes et déstabilisantes pour la victime. Survient à nouveau une accalmie où l’agresseur agit comme si de rien n’était, se mettant à élaborer des projets d’avenir, là où la victime parle pourtant de séparation. Comportement étrange, inquiétant, en dehors du champ de toute normalité qui fait à la fois peur à la victime et lui fait de la peine pour lui. Elle vit la peur à l’état pur. Dans certains cas, l’agresseur peut aller jusqu’au meurtre, tuant la victime qui a osé s’opposer à sa loi et voulu fuir, voire tuant les enfants également. On parlera alors de « crime passionnel » et l’agresseur sera plutôt pris en pitié « d’avoir aimé au point de tuer »… Par ses talents de comédiens, il saura jouer cette carte à merveille. Mais, ce n’est que le « juste châtiment » qu’il réserve à sa victime si elle ose partir, fonctionnant dans une logique qui lui est propre. La peur de l’abandon le taraude comme nous le verrons plus loin. Si la victime n’est pas tuée, le terrain est totalement miné, dérapant. Elle n’arrive plus à suivre : ses points de repères finissent d’éclater. L’atmosphère devient irrespirable, avec des alternances toujours plus rapprochées de drames manifestes et de drames larvés où le danger rôde, la paralysant totalement dans toute velléité de s’enfuir. Elle finit par être totalement anesthésiée, incapable de prendre une décision, complètement épuisée, dans un état strictement superposable à un syndrome post-traumatique, avec une dissociation, un syndrome intrusif (où elle pense sans cesse aux éléments traumatiques, avec des flashs d’évènements violents et des cauchemars en rapport), associé à un syndrome d’évitement qui prendra sa pleine expression après la séparation : elle tente de fuir son compagnon, pour fuir ces traumatismes qui la paralysent, la tétanisent et fuir le danger qui rôde. Parallèlement, le syndrome dépressif alourdit encore la charge qui l’accable et l’épuise, et tout le poids de la culpabilité et du doute devient encore plus patent. 5)- La séparation va être très douloureuse pour la victime, marquant la fin de tout espoir d’amélioration, la fin d’un espoir de vie, le deuil à faire d’un conjoint et d’un père ou d’une mère aimant(e) pour ses enfants, une tranche de vie irrémédiablement passée et malheureuse, la culpabilité de casser une famille et d’être « responsable du malheur de ses enfants », la peur de la « marginalisation » par la peur de sortir du seul modèle prôné par la Société et vecteur de « Bonheur »: un père, une mère et des enfants, voire, le « prince charmant » et « ils se marièrent, eurent beaucoup d’enfants et vécurent très heureux ». Les choses vont sans doute devenir moins cruciales dans les décennies à venir, du fait des changements observés dans la Société, le taux de divorce ne cessant d’augmenter depuis la deuxième moitié du XXè siècle, amenant à une redéfinition de la place de chacun dans la vie commune. Néanmoins, le schéma s’avérant profondément inscrit dans l’inconscient collectif, la culpabilité de la victime reste tenace, avec l’impression affligeante que les enfants ne peuvent être heureux qu’à l’intérieur du modèle, l’extérieur ne pouvant qu’être parsemé de terribles écueils. La panique va la tenailler, jour et nuit, fruit de ses réflexions dévalorisantes constantes et de toutes ces charges qui l’ont écrasée au fil du temps. Elle est convaincue qu’elle ne parviendra pas à faire face à la séparation, ce qui d’ailleurs l’a paralysée longtemps face à cette décision, avant de trouver enfin le courage de le quitter. Le harcèlement incessant de l’agresseur avive cette panique : il la poursuit par téléphone, par sms, par mails, par courriers recommandés, se postant devant chez elle, devant l’école, déposant force mains courantes au commissariat etc. La victime risque à chaque instant d’être confrontée à son agresseur, ce qui augmente l’état traumatique. La violence est accrue pendant cette phase, avec notamment un risque de violence physique, voire de meurtre, les enfants étant des témoins directs. Le parent victime sera de plus, confronté régulièrement à son agresseur au travers de toutes les procédures que celui-ci va introduire. 6)- La guerre annoncée devient réalité après la séparation et va s’instaurer par procédures interposées, et, par le truchement de l’autorité parentale conjointe et du droit de visite et d’hébergement, ou pire de la résidence alternée, pire encore de la résidence exclusive des enfants chez le parent agresseur. Les manipulateurs destructeurs donnent une impression de force redoutable, font peur par leur agressivité et leur froide détermination, et s’entourent des meilleurs avocats possibles, faisant jouer leurs relations pour se faire entendre. Ils se montrent sans scrupule, n’hésitant pas à produire de faux témoignages pour mieux asseoir leurs mensonges, assenant de façon implacable et très convaincante, un diagnostic de déséquilibre mental sur la victime. Ils se considèrent comme au-dessus des lois, qu’ils vont éplucher pour mieux les contourner. Lors de la tentative de conciliation, puis du jugement de divorce, les manipulateurs destructeurs reprennent à leur compte les griefs que leur conjoint(e) formule contre eux, les renvoyant contre la victime en boomerang. Ils se posent eux-mêmes en victime et accusent cette dernière d’être un agresseur… Lorsque celle-ci fait état de leur comportement violent, ils vont fournir force de témoignages attestant que c’est elle qui s’est montrée violente ! Comme elle fait preuve de probité morale, elle n’a pas, ou peu de témoignages à fournir, puisque les choses se sont produites à dans le huis clos familial, à l’abri des regards. De la même manière, lorsqu’elle va évoquer le déséquilibre de la répartition des charges financières, ils vont la taxer de dépensière, prétendant avoir entretenu la famille de façon plus importante etc. Le Juge, se trouvant face à des accusations « en miroir » et cherchant à se raccrocher à un système de preuves pour ne pas se tromper, peut se laisser abuser par ce stratagème, (tout comme les psy, les médiateurs, les enquêteurs sociaux, ou les notaires au moment de la liquidation des biens). Le magistrat demande alors une expertise à un psychiatre ou à un psychologue, mais celui-ci n’est pas nécessairement formé à la connaissance des maltraitances familiales et passe de plus souvent à côté d’un parent manipulateur destructeur qui sait se montrer si charismatique. Celui-ci se hâtera de saisir le Conseil de l’Ordre des Médecins si l’expertise ne lui semble néanmoins pas aller dans son sens, plus encore s’il y a une notion d’inceste où il se montrera encore plus virulent. Mais en y regardant de plus près dans ces dossiers, le ton des deux parties n’est pas le même : l’un accuse l’autre, se plaignant d’être privé de ses enfants (dont il n’avait cure jusque là), se posant en victime et en psychiatre, assenant avec aplomb, ou distillant de façon sournoise et très convaincante, un diagnostic de « fragilité » de « dépression » ou de « déséquilibre mental » sur la victime. Celle-ci en revanche, raconte simplement son vécu. Le comportement des manipulateurs destructeurs étant stéréotypé, il devient plus aisé de le débusquer dans ces dossiers lorsqu’on possède les clés de la manipulation destructrice et d’éviter ainsi de mettre la victime au banc des accusés. Très vite, après le jugement de divorce, les manipulateurs destructeurs vont systématiquement et rapidement, introduire des requêtes successives en diminution de leur contribution à l’éducation des enfants (pension alimentaire) qu’ils vont rapidement cesser de payer, organisant leur baisse de revenus, voire leur insolvabilité, en détournant l’argent sur d’autres comptes, usant de stratagèmes d’escrocs pour masquer leurs revenus, se faisant par exemple pour y parvenir, entretenir par une nouvelle compagne. L’argent est pour eux, un point névralgique. Ils ont organisé tout au long de la vie de couple une véritable escroquerie financière. Dans certains cas, lorsqu’ils ont réussi à décourager leur victime de leur réclamer une pension alimentaire, ils continuent malgré tout à s’imposer par leurs exigences chaotiques, ne lâchant plus leur proie. Ce refus de pension alimentaire par la victime qui croit apaiser le courroux de leur agresseur, s’avère de ce fait vain. Ils présentent leur version des faits, dressant un portrait épouvantable de leur ex-conjoint(e). En réalité, en se plaignant au Juge de ne pas voir les enfants et d’avoir « des revers de fortune », ils donnent au magistrat l’impression d’être une victime. Ils mentent en effet effrontément, même devant le Juge lui-même, se montrant brusquement très préoccupés et soucieux du bien-être et du bonheur de leurs enfants, d’une façon pointilleuse manquant d’authenticité et complètement en décalage avec la réalité (par exemple sur des questions d’horaires très précis, à la minute près, concernant le rythme de vie des enfants, tout en ne tenant pas compte en fait de leurs rythmes biologiques élémentaires, ou bien sur des aspects financiers où ils vont se targuer de connaître les besoins de leurs enfants au centime près, alors qu’ils ont évité sans cesse toute dépense pour eux, n’ayant en rien conscience de ce que peut coûter en réalité un enfant et ne voulant surtout pas le savoir...) Ce stratagème opère souvent et ils obtiennent satisfaction, se dégageant de leurs obligations financières. Or, ils introduisent parallèlement d’innombrables procédures très onéreuses, tout en prétendant ne pas être en mesure de payer la pension alimentaire… Ils multiplient en effet les procédures indéfiniment, pour détruire complètement leur partenaire, après l’avoir prévenu(e) : « Je ne te lâcherai plus, jusqu’à ce que tu sois sur la paille ! Je te prendrai tout jusqu’au dernier sou ! ». Certaines victimes se retrouvent ainsi dramatiquement mises à nu financièrement, plus particulièrement celles qui ont eu l’imprudence de cesser de travailler lorsqu’ils l’avaient exigé d’elles, se retrouvant alors dans une situation catastrophique, sur laquelle les agresseurs vont rebondir, pour leur faire retirer leurs enfants, arguant qu’elles vivent dans des conditions trop précaires pour accueillir ces derniers ou prétendant avec beaucoup d’aplomb qu’elles sont trop fragiles psychologiquement, alors que c’est eux-mêmes qui ont induit cette situation ! Ils se hâteront, nous l’avons vu, de se débarrasser de leur progéniture par trop encombrante, pour l’abandonner aux grands-parents paternels ou à leurs compagnes successives qui traiteront ces enfants à leur guise… Ils se servent donc contre la victime, des effets qu’ils ont eux-mêmes induits… C’est machiavélique. L’avalanche de procédures onéreuses qu’ils introduisent est totalement stéréotypée d’un cas sur l’autre, tout comme leur comportement sur leurs victimes. Outre les demandes répétées de baisse de pension alimentaire, ils vont en effet, faire appel de toutes les décisions, dès le stade de l’ordonnance de non-conciliation, porter plainte contre tous les témoins de la victime, porter plainte au Conseil de l’Ordre des Médecins contre les médecins qui ont fait un certificat médical pour cette dernière, nous y reviendrons, voire contre l’avocat de celle-ci, ils vont saisir le Juge pour non présentation d’enfant etc. etc. Ces procédures seront encore plus nombreuses et plus virulentes encore lorsqu’il y a une notion d’inceste ou d’abus sexuel… Dans ce cas, le dossier va tourner en rond entre le Juge aux Affaires Familiales, le Juge pour Enfants, le Procureur de la République etc. Les plaintes déposées par le parent victime et les signalements faits par les professionnels qui suivent le(s) enfant(s), seront souvent classés sans suite « faute de preuves suffisantes », ce qui est très douloureux pour le parent victime qui est mis dans l’obligation de présenter les enfants au parent agresseur, ne pouvant pas assurer leur protection, et, pour les enfants qui sont contraints de continuer à se rendre chez ce dernier où les agressions vont se poursuivre. Les dossiers deviennent ainsi complexes et inextricables pour un œil non averti, et les décisions sont souvent rendues en faveur du parent agresseur. Les magistrats se trouvent en effet devant la parole d’un enfant, et celle d’un parent « au-dessus de tout soupçon » qui clame son innocence et dont l’avocat brandit le spectre de l’affaire d’Outreau... Le magistrat craint que l’enfant et le parent victime fassent de fausses allégations afin de priver l’autre parent de ses enfants (ce que celui-ci ne cesse de marteler…). Or, en réalité, le pourcentage de dossiers où un parent cherche à accuser volontairement un conjoint d’abus sexuels qu’il n’a pas commis est restreint et ne représenterait que 4 à 7% de ces dossiers. On peut supposer qu’un parent agissant de la sorte peut être lui-même un manipulateur destructeur dans certains cas. Le crédit est ainsi accordé à l’agresseur, « faute de preuves suffisantes », au détriment des enfants qui se retrouvent projetés à chaque droit de visite et d’hébergement, ou, pire encore, lors du système de la résidence chez le parent agresseur où ils vont continuer à subir ces agressions. En vertu du principe de précaution qui veut que, « tant que la culpabilité du mis en cause n’est pas établie, celui-ci est considéré comme innocent », les choses se retournent donc contre les enfants. Le principe de précaution devrait être, dans le doute, de protéger ces derniers… Ultérieurement, ils vont s’éloigner des enfants, les délaissant de plus en plus, pour convenances personnelles, se désintéressant d’eux, de leurs souffrances, de leurs besoins, perpétuant ce déni d’existence. Les enfants, nous l’avons vu, sont fréquemment confiés aux parents de l’agresseur ou à un partenaire ultérieur. Les répercutions du comportement de ces derniers, peuvent faire frémir, leurs intentions n’étant pas toujours louables et étant tout autant cachées au regard de l’extérieur que l’était le comportement du parent agresseur. Les parents de l’agresseur ont fréquemment, au moins pour l’un d’eux, un comportement similaire à celui de ce dernier qu’ils masquent tout aussi bien à l’extérieur, soignant leur image de grands-parents « bienveillants ». Nous le verrons plus loin. Il est alors illusoire de croire que de permettre la rencontre entre les enfants et le parent agresseur en présence d’un membre de cette famille puisse constituer une protection pour les enfants, surtout s’il y a notion d’inceste. A chaque audience chez le juge, les parents agresseurs vont se présenter comme des parents exemplaires, « privés honteusement de leurs enfants », niant férocement toute action destructrice sur leurs enfants. Ceux-ci vont être victimes de ces va-et-vient de leur agresseur, qui, à chaque audience ou à chaque demande de baisse de pension alimentaire va maquiller sa manœuvre financière et son désintérêt pour les enfants par une sollicitude excessive et feinte, leur offrant une multitude de cadeaux, pour mieux s’éloigner d’eux ensuite lorsqu’il aura obtenu la décision souhaitée, ce qui constitue à chaque fois un abandon pur et simple de ses enfants. Ces derniers vont avoir alors à lutter contre deux images, celle d’un père ou d’une mère imaginaire, qui serait aimant et proche d’eux, image prometteuse que l’agresseur laisse seulement entrevoir par intermittence selon ses besoins, comme il l’a fait pour la victime au fil de l’histoire du couple, et, celle de ce père ou de cette mère réel(le) qui les oublie réellement et les détruit complètement comme quantités négligeables et viles, semant le lit de leur vie d’adultes futurs où ils resteront convaincus de ne pas être dignes d’amour et de considération de la part de quiconque, surtout pas dans le domaine affectif, convaincus de la fragilité de tout attachement, voire de l’impossibilité de s’attacher quiconque, avec une peur paralysante des partenaires du même sexe que celui du parent agresseur et une peur de l’abandon. Même à un âge adulte avancé, ils continueront inlassablement à croire à ce parent idéal que le parent agresseur continue à faire miroiter à chaque coup de fil... L’autorité parentale conjointe et le droit de visite et d’hébergement, voire pire encore, la résidence partielle ou exclusive des enfants, va permettre à la manipulation destructrice de continuer à se développer après la séparation et de poursuivre l’œuvre destructrice du parent manipulateur destructeur sur les enfants. Les manipulateurs destructeurs se font plaindre par ces derniers d’abandon par le parent victime, abreuvant celui-ci de critiques, attaquant les enfants dans tous les domaines, comme ils l’ont fait avec le parent victime, continuant à détruire ces derniers dans une phase de leur vie où ceux-ci tentent de se construire. La destruction de l’image du parent victime, seul bastion de stabilité et d’affection restant aux enfants, sème le doute dans leur esprit sur la part de responsabilité de ce dernier, et provoque une révolte contre lui, et finit par les éloigner de lui. Le degré d’agression est d’autant plus fort que le temps de résidence des enfants chez le parent agresseur est long. L’autorité parentale conjointe va permettre au conjoint agresseur de s’opposer systématiquement à toute décision concernant les enfants (choix d’une école, d’une activité périscolaire, d’un suivi psychologique pour les enfants etc.) Chaque démarche administrative que le parent victime doit entreprendre, devient un casse-tête, se heurtant au refus cynique du parent agresseur qui prend un malin plaisir à lui mettre des bâtons dans les roues. Par exemple, lorsque l’enfant doit faire un voyage scolaire à l’étranger, l’agresseur refuse de faire le nécessaire pour l’autorisation de sortie de territoire, même si les deux parents sont français et qu’aucun risque d’enlèvement de l’enfant n’existe. Il prive du même coup l’enfant de ce voyage scolaire et le met en marge de sa classe. Par le biais de l’autorité parentale conjointe, la violence peut continuer à se déployer au quotidien sur les enfants et sur le parent victime… La résidence alternée, ou pire encore, la résidence exclusive des enfants, est de ce point de vue, une formule catastrophique : tout ce que le parent victime va essayer de mettre en place pour construire un cadre structurant va être démantelé une semaine sur deux, faisant suivre aux enfants ce même « revirement à 180° » que celui que le parent victime avait dû lui-même affronter, (ou sera même inexistant si le parent victime perd la résidence de ses enfants). Si par exemple, des activités sportives ou culturelles ont été mises en place par ce dernier, ou bien encore un soutien psychologique, ou n’importe quelle prise en charge des enfants où il est nécessaire de régler une consultation, l’agresseur va s’empresser d’en soustraire les enfants sous des prétextes variés. Ils n’hésitent pas à « acheter » les enfants par des cadeaux et à leur laisser tout faire pour se montrer plus « conciliants » que le parent victime, surtout avant chaque nouvelle audience, semant chez eux l’angoisse par l’absence de cadrage et par le décalage complet de leur attitude avec leur précédent comportement. Ils n’auront de cesse de vouloir imposer aux enfants et au parent victime sa « conception » des choses, en fait pour détruire le cadre mis en place. C’est la « toile de Pénélope », péniblement tissée, et aussitôt défaite, un retour en arrière une semaine sur deux, une impossibilité à avancer, et pire encore, à se structurer pour les enfants. Par ailleurs l’agresseur leur refuse souvent tout achat, prétendant que la pension alimentaire qu’il verse au parent victime est censée servir à cela, pouvant créer un favoritisme douloureux par rapport aux éventuels enfants du (de la) partenaire suivant(e) auxquels il se hâte de « tout » acheter pour se mettre dans les bonnes grâces de cette dernière, pour mieux se faire entretenir par elle ensuite. Il n’hésite pas à renvoyer les enfants dans des tenues usées pouvant leur faire honte devant leurs camarades de classe, pour mettre l’autre parent dans l’obligation de racheter le nouveau trousseau à chaque saison, toute dépense pour autrui étant vécue par lui comme une véritable hémorragie. Devant le comportement instable du parent agresseur, les enfants se retrouvent coincés entre des considérations contraires qu’ils ne savent pas démêler, ne voulant pas prendre partie contre l’un des parents, ne voulant pas trahir le parent victime en se rangeant du côté de l’agresseur, mais celui-ci exerce des pressions qui les tourmentent dangereusement. De plus en plus fréquemment actuellement, les manipulateurs destructeurs, vont déployer tous les moyens possibles, y compris illégaux nous l’avons vu, pour obtenir la résidence des enfants, voire la résidence exclusive. Ils vont développer alors un réel harcèlement sur les enfants. Le cadre psychoaffectif équilibré du parent victime ne sera plus compensé par le déséquilibre induit par le parent agresseur. Celui-ci les abreuve de propos humiliants et culpabilisants notamment lorsqu’ils leur font faire leur travail scolaire pendant d’innombrables heures tous les soirs, ce qui provoque chez les enfants un blocage et un échec scolaire cuisant. Ils se montrent d’une exigence extrême vis-à-vis d’eux, tout en pouvant se montrer très laxistes sur d’autres points, leur système d’éducation étant totalement chaotique, sans aucune structure stable. Ils auront toute latitude pour détruire systématiquement l’image du parent victime et monter les enfants contre ce dernier. Les enfants deviennent alors « le bras armé » de ce parent vengeur contre le parent victime, et sont placés dans l’obligation de se détourner de ce dernier, de le trahir, de lui soustraire des éléments pour la procédure, ce qui est fortement culpabilisant pour eux, téléguidés par le parent agresseur par téléphone portable, devant se priver de son affection, ce qui est très douloureux pour eux et pour le parent victime etc. Le parent victime est perçu par les enfants comme faible, ce qui est anxiogène pour eux et attise leur violence contre ce dernier. La souffrance qu’ils ressentent se mue en violence qui ne peut que se retourner contre le parent victime et contre eux-mêmes. Un véritable « parricide symbolique »… Souvent les résultats scolaires des enfants se mettent à chuter dangereusement, ils deviennent agressifs, violents, avec une instabilité de comportement, des troubles de la concentration et du sommeil, pris au piège d’une situation sur laquelle ils n’ont pas les moyens d’agir et dont ils ne peuvent se protéger, subissant le chaos induit par le parent agresseur de plein fouet et étant gagnés par le venin de ce dernier, assistant à leur propre destruction et à celle de l’autre parent. On retrouve les mêmes dévalorisations constantes, les mêmes reproches et insultes, le doute, la culpabilité, mais à un âge où les enfants essaient de se construire. Ils sont victimes du même mirage que le parent victime, associé à une destruction profonde dans un paysage de chaos totalement inadapté à la réalité. La dépressions’installe à son tour devant cette masse d’agression et l’impossibilité d’accéder à l’amour qu’ils recherchent, et il n’est pas rare de recueillir des idées de mort, voire le suicide. Ils peuvent, au même titre que le parent victime développer également des troubles psychosomatiques divers et variés, y compris un embonpoint dont leur agresseur va se servir pour les humilier et pour discréditer à leurs yeux les soins quotidiens donnés par le parent victime. Quel peut être le devenir de ces enfants, pris en otage par un parent manipulateur destructeur, aux côtés d’un parent victime dont l’image aura été soigneusement détruite? Plus le contact avec ces agresseurs, sans contrôle, est prolongé et, plus le risque de destruction est grand, n’étant plus suffisamment compensé par l’équilibre de l’autre parent, sachant qu’une simple phrase peut déjà jeter un doute et un discrédit profondément destructurants sur le parent victime et sur les enfants : la parole utilisée comme outil sûr de destruction. Ceux-ci restent ainsi inexorablement piégés dans le système violent de l’agresseur et ex-conjoint grâce au droit de visite et d’hébergement ou à la résidence des enfants et grâce à l’autorité parentale conjointe. Ainsi, le manipulateur destructeur aura mené son plan à exécution jusqu’au bout : détruire sa victime et tout ce à quoi elle tient le plus : ses enfants. C’est effectivement la guerre annoncée, les enfants lui servant de levier et de « bras vengeur ». En résumé, les manipulateurs destructeurs : - offrent un double visage : l’un tourné vers l’extérieur, auquel on « donnerait le bon Dieu sans confession », charmeur, plein de sollicitude pour sa famille, l’autre, au sein de la famille : machiavélique, tyrannique, fait de dévalorisations, reproches, insultes, semant doute et culpabilité. - Ils isolent leur victime de son entourage, manipulant éventuellement ce dernier contre elle. - Ils réalisent une manœuvre financière constituant une véritable escroquerie, demandant volontiers à leur victime de cesser leur travail pour la rendre plus vulnérable et lui ôter une possibilité de se réaliser, ou lui laissant entretenir la famille à majorité tout en prétendant effrontément le contraire, s’arrangeant pour payer le moins de pension alimentaire possible, ou ne la payant plus, voire de s’accaparer des biens immobiliers. - Ils mentent aussi bien qu’il sont excellents comédiens, sans état d’âme, ce qui les rend encore plus inquiétants, pouvant pleurer au téléphone en faisant un chantage au suicide, tout en étant déjà en train de préparer l’attaque suivante, ou en mettant en place la prochaine arnaque financière. Ils se considèrent comme au-dessus des lois, retournant les vérités à 180°, se prétendant eux-mêmes victimes. Ils font tout pour obtenir que la victime et les enfants fonctionnent selon leurs règles chaotiques et destructurantes, hors du champ de toute réalité. - Ils ont tous le même comportement stéréotypé, et clament tous au moment de la séparation « que la victime est folle, incapable d’élever les enfants, qu’elle n’aura pas la garde des enfants, qu’elle n’aura pas de pension alimentaire, qu’elle veut la guerre et qu’elle l’aura ». Et c’est exactement ce qui adviendra pratiquement intégralement… L’avalanche de procédures qui suit la séparation est tout aussi stéréotypée que le comportement de ces agresseurs pendant le temps de la vie familiale. *** ETUDE NOSOLOGIQUE DU MANIPULATEUR Devant l’attitude stéréotypée et destructrice de ces despotes manipulateurs, se pose tout naturellement la question de savoir qui ils sont, s’ils connaissent eux-mêmes la réponse, et s’ils sont conscients de leur comportement et du mal qu’ils font autour d’eux. La réponse à la première question est difficile à trouver, dans la mesure où ce ne sont pas eux qui viennent consulter, convaincus qu’ils sont, d’être « normaux, à l’inverse de leur partenaire ». Lorsqu’ils font la démarche de consulter, ils interrompent rapidement leurs entretiens, venant brandir devant leur victime un: « le « psy » m’a dit que j’étais normal et que je n’avais pas besoin de consulter » triomphant, et sous-entendant que c’est la victime qui a donc forcément un problème. Mais il est intéressant de voir quel visage il a présenté au thérapeute… Ainsi, étrangement, nous avons une sorte « d’image en miroir de l’absent », de cette « Arlésienne » toujours absente, décrite par les victimes qui en donnent, toutes, une description à tel point strictement superposable, que l’objectivité ne peut en être mise en doute. Ils semblent clonés les uns sur les autres. Cela dit, nous avons malheureusement tous l’occasion un jour ou l’autre d’être confrontés à des manipulateurs destructeurs, notamment dans le milieu professionnel, ou pour certains d’entre nous, dans notre propre milieu familial. S’ils ne savent pas pourquoi ils agissent ainsi, en revanche, ils ont pleinement conscience du mal qu’ils font, et en ressentent beaucoup de jouissance. Certains le disent même à leur entourage, en se faisant encore plaindre de ne pas pouvoir agir autrement. D’après les descriptions, le manipulateur destructeur adopte des comportements qui peuvent se rattacher à différents registres. (1) - Ils partagent avec le psychopathe, (2) une intolérance totale à la frustration, un déséquilibre, avec une instabilité de l’humeur présentant des variations brutales, anormales, une impulsivité qui fait partie du caractère du psychopathe. Ils sont hyperémotifs par moment, avec une immaturité affective, cherchant à faire souffrir les autres. Ils sont mythomanes, se prêtant des qualités, ou se prêtant des éléments de vécu. Sur le plan familial, on retrouve les scènes de violence, le chantage au suicide, les séparations et divorces répétitifs. Pour certains, on retrouve l’alcoolisme impulsif (avec une homosexualité latente), et des conduites sexuelles de type pervers (fétichisme, sadisme, inceste, homosexualité etc.), prétendant toujours que leur victime trouve son plaisir dans ces comportements, exigeant d’elle des scénarii sexuels toujours plus osés. - Comme les pervers narcissiques, ils réduisent l’existence des autres au service de la leur, on retrouve l’immaturité affective avec un besoin apparent et affiché d’être aimés, sans réciprocité. Ils allient impulsivité, sadisme et cruauté, inaffectivité, amoralité, asociabilité, inéducabilité , évitant les représentations mentales vectrices d’émotion, d’angoisse, et enfin un sentiment d’infériorité et de manque de confiance en soi. La perversion est définie comme une « psychose sans symptôme », une « psychose blanche », une « psychose d’actes », le pervers étant dans « l’agir », fuyant l’angoisse et la dépression. (1)- La personnalité normale et pathologique- J. Bergeret- Bordas- 1985 (2)- Psychiatrie intégrée de l’étudiant- M. Hanus- Maloine- 1979 La perversion narcissique, troisième grand type structurel entre la structure névrotique et la structure psychotique, allie une séduction narcissique à une défense contre un processus de deuil et de dépression, et contre des conflits internes. Ce processus est dénié et expulsé vers l’Autre. L’Autre est ressenti comme narcissiquement blessant, insupportable au point de «l’instrumentaliser », le faisant crouler sous les tâches, les dévalorisations, les reproches, l’utilisant comme un objet, en l’écrasant et le désorganisant avec jouissance, tout en se survalorisant (comme pour mieux se rassurer sur leur propre valeur), pour ne surtout pas se retrouver en position d’infériorité. Pour Eiguer, les traits généraux de la perversion narcissique se retrouvent dans les psychoses, telles que la paranoïa, la schizophrénie et la psychose maniaco-dépressive. (3) Ils se donnent une apparence de « machos », reléguant leur partenaire aux tâches ménagères, mais le font en l’avilissant. Des siècles de fonctionnement de la Société, attribuant systématiquement aux femmes ce rôle « ménager », a permis aux manipulateurs destructeurs de se cacher sous cette apparence de « machos ». Ils exercent une emprise totale sur l’Autre, pour laquelle Dorey évoque trois versants qui sont « l’appropriation par dépossession de l’Autre, la domination, et la nécessité de graver son empreinte sur lui, comme dans le cas du sadomasochisme où l’empreinte devient réalité physique (traces de coups) ». Certains pervers poussent à ce propos, la perversion jusqu’à frapper leur compagne en des zones où, ils le savent, ils ne laisseront pas de traces visibles, et ils jouissent tout autant de la souffrance morale infligée. Ils veulent croire à leur autosuffisance, mais en réalité ils ont besoin de colmater leur clivage interne en se faisant plaindre de l’Autre qu’ils instrumentalisent là encore : ainsi, ils prennent sans rien donner. Leur proie est à ce propos interchangeable : ils font tout pour la trouver puis la retenir et ne plus la lâcher, pourvu qu’ils ne se retrouvent pas seuls face à leur propre vide, mais ils pourront constituer un couple avec des partenaires totalement différents les uns des autres, notamment physiquement, ce qui est particulier. Il ne s’agit nullement d’amour, mais de « parasitisme » se donnant des airs condescendants d’indépendance, masquant leur dépendance. Cette dépendance renforce cette perception d’incomplétude de soi et les rend d’autant plus agressifs contre l’Autre. La symptomatologie peut être différente selon qu’il s’agit d’un homme ou d’une femme. Autant la femme perverse se montre très agressive et castratrice, proche de la paranoïa, de véritables cyclones de haine et d’agressivité, « embrigadant » les enfants au sens littéral du terme, contre leur père, celui-ci étant réduit à néant, privé de tout ses droits paternels, instrumentalisé à son tour dans l’action destructrice de leur compagne, autant l’homme pervers va exposer ses « plus beaux atours », charmant sa victime dans un mirage complet de paroles, pour mieux la déstructurer, la détruire, ensuite à son insu et à l’insu de tous, par cette même parole. D’autres femmes en revanche, adoptent le même comportement séducteur et charismatique que les hommes, cachant leur visage despotique et machiavélique dans le huis clos familial. On donne aux uns et aux autres « le bon Dieu sans confession ». Il est des cas qui constituent les formes les plus abouties où ils n’hésitent pas à s’infiltrer au cœur d’une famille et à la manipuler toute entière de façon diabolique, par des mensonges incessants à des fins d’escroquerie et de destruction, voire de meurtres, jouant sur la crédulité de l’entourage et forçant la note de l’honnêteté, et de la modestie. Même après un meurtre, ils continuent à user de leur stratégie de se faire plaindre en « justifiant » leur geste par une prétendue souffrance intolérable, ou un prétendu accès de « folie », alors que tout était prémédité froidement de longue date. (3)- Le pervers narcissique et son complice- A. Eiguer- Dunod- 1996 C’est parmi les pervers narcissiques qu’on trouve les plus « grands » imposteurs, mystificateurs et escrocs. En présentant leur face la plus avantageuse, ils vont entraîner les autres dans un mirage d’autant plus redoutable que leurs fins sont déguisées et tapies dans l’ombre. Nous avons vu qu’ils avaient développé des talents de fins stratèges, usant avec maestria de mensonges sur toute chose, avec des airs angéliques faisant ployer les plus sceptiques. L’absence de tout état d’âme leur laissant les coudées franches pour mieux mettre leurs plans en place et aboutir à leurs fins diaboliques. - On retrouve chez les manipulateurs destructeurs des éléments de caractère oral : insatiabilité, exigence, insatisfaction, intolérance à la frustration, érotisme oral (nourriture, boisson, tabac), parasitisme tyrannique, mais aussi des pulsions de mort qui, associées à cette tyrannie, sont rattachées à une organisation obsessionnelle qu’on rencontre plus fréquemment chez les hommes. - Sont effectivement également associés des traits de caractère sadique-anal : obstination, autoritarisme et entêtement, difficulté à abandonner les objets, avec l’accumulation importante d’objets divers, tels de vulgaires bouchons de bouteille ou sachets en plastique, collectionnisme avec des achats d’objets compulsifs et toujours en surnombre, angoisse devant la séparation, cruauté envers les faibles, rébellion devant l’autorité, injures scatologiques. - Ils empruntent aux paranoïaques leur autoritarisme, leur incapacité à se remettre en question, l’absence de doute et d’auto-critique, estimant avoir toujours raison, pensant que seule son (sa) partenaire est à soigner, la (le) ressentant comme un(e) ennemi à abattre, la faisant vivre, ainsi que les enfants, dans le carcan de leurs exigences tyranniques, faisant preuve de psycho-rigidité, d’égocentrisme et d’une autophilie exagérés, d’un mépris d’autrui, et d’obstination. L’Autre est objet de haine. Le caractère paranoïaque se retrouve plus fréquemment chez les hommes et est un caractère psychotique. Ils dénient totalement l’existence de leur entourage, allant jusqu’à ignorer ses besoins fondamentaux, le rendant responsable de toutes leurs difficultés et leurs échecs, sans se remettre en cause, rendant leur milieu professionnel également responsable de leurs échecs professionnels successifs. Paradoxalement, ils affichent une surestimation d’eux-mêmes avec une hypertrophie pathologique du Moi. Ils peuvent présenter des tendances homosexuelles inconscientes qui peuvent expliquer leurs difficultés sexuelles qu’ils masquent sous des exigences de scénarii sexuels auprès de leur compagne (on), ou par des conquêtes successives. Certains n’hésitent pas à se lancer dans des procédures sans fin, innombrables, avec une tendance froide, implacable, totalement rigide, et peuvent faire preuve d’une jalousie maladive. Les manipulateurs destructeurs font effectivement des procès « à tout va ». On sait à quel point ces procéduriers peuvent être obstinés et redoutables, ne lâchant pas leurs proies. La liste impressionnante de procédures, amène la victime à se débattre sur tous les fronts, se trouvant aux abois, pouvant lui donner une apparence de « paranoïaque persécutée » que le manipulateur destructeur prendra soin de souligner, se servant une fois de plus, de l’effet de son comportement pour le retourner en défaveur de la victime. La situation devient particulièrement redoutable lorsque le manipulateur détient des pouvoirs officiels (officier de police, magistrat, personnalité politique ou d’influence etc.) rendant caduque toute tentative d’établissement de la vérité... De même, lorsque le conjoint est étranger et emmène les enfants dans son pays, mais dans un pays que les enfants ne connaissent pas, provoquant une rupture affective brutale et profonde, avec de plus, toutes les difficultés de ces procédures faisant intervenir des législations différentes, à cheval sur deux pays. Racamier reconnaît la paranoïa comme « un fleuron de la perversion narcissique ». Le paranoïaque se défend contre l’angoisse paranoïde (angoisse de dilution et de perte de l’être) et l’angoisse dépressive. - Ils semblent « envahis » par un vide vertigineux, dans lequel tout affect semble avoir été éteint depuis l’enfance. Le déni de l’existence de l’Autre, son déni de la situation de séparation où ils se mettent à faire très calmement des projets pour la famille, semblant ne pas prendre conscience de la situation, en décalage total avec la réalité, chaotiques, instables, l’ensemble évoque un état « borderline », à la frontière entre la névrose et la psychose. - Leur bouderies, leur pessimisme, leur découragement fréquent, pour certains, la pauvreté de leurs liens sociaux, laisse deviner une problématique dépressive sous-jacente. Ainsi, l’expression clinique de ces manipulateurs destructeurs est complexe et le tableau décrit par les victimes, regroupe constamment ces différents aspects, certains de ces aspects pouvant être plus développés, évoquant plus fortement l’une ou l’autre de ces organisations. Les manipulateurs destructeurs se situent à un carrefour de plusieurs pathologies (perversion narcissique, paranoïa et psychopathie) dont l’essentiel appartient à la psychose. Ils voient le monde à leur façon, fonctionnant dans une logique qui leur est propre, imposant leur système de pensées à leur entourage, réussissant à s’imposer d’autant plus qu’ils utilisent un raisonnement d’apparence logique très convainquant. Beaucoup d’éléments les rapprochent d’une structure psychotique, mais l’apparence extérieure est sauve car les troubles passent inaperçus, fonctionnant comme une « psychose sans symptôme apparent », une « psychose blanche ». Dans la vie de tous les jours, ils semblent bien adaptés, très agréables au contact, mais chez eux, le déferlement de symptômes n’a d’égal qu’un raz de marée. Mister Hyde et Docteur Jekyll... Quoiqu’il en soit, le carrefour pathologique auquel ils se situent, avec cette instabilité, cette irresponsabilité, cette inadaptation à la réalité, et avant tout, cette programmation pour détruire, met en évidence la dévastation que ces manipulateurs destructeurs, hommes ou femmes, font subir à leur entourage immédiat. Il montre également le danger auquel sont soumis les enfants pour leur construction psychologique, et, la nécessité impérieuse de soumettre le droit de visite à un contrôle strict, afin de limiter au maximum le risque de destruction qui, on l’a vu, est malheureusement très insidieux et échappe au regard extérieur. Un schéma de fonctionnement pourrait permettre de relier tous ces tableaux en un tout « unifié » que nous verrons ci-après. *** SCHEMA THEORIQUE DE L’ORIGINE DE CETTE PATHOLOGIE : Les autres interrogations portent sur le pourquoi du comportement des manipulateurs destructeurs. S’ils savent parfaitement qu’ils font souffrir, réduisant l’Autre à néant, jouissant de sa détresse, et organisant l’abus de confiance sur le plan financier de main de maître, en revanche, ils ignorent le plus souvent pourquoi ils se sont construits de cette manière. On trouve dans leur passé des composantes communes. Souvent ils sont les aînés d’une fratrie, disant avoir souffert de la préférence de leurs parents pour un frère ou une sœur cadette. Dans certains cas, ils peuvent avoir une autre position dans la fratrie, mais se plaignent de la même préférence. Ailleurs, ils sont enfants uniques. Ils ont été traités comme des « enfants-rois » par leurs parents, à qui « tout était passé », ne laissant aucune place à la frustration, cette position privilégiée dans laquelle ils ont été mis pendant leur enfance, masquant en réalité, et pouvant tenter de compenser, des carences affectives non négligeables. Cela peut être également le cas chez des enfants d’une trop grande fratrie où la mère n’a pas le temps matériel d’accorder une attention privilégiée à chacun, ou bien chez des enfants ayant subi une rupture affective avec leurs parents, car mis en pension dès leur plus jeune âge, ou élevés par des grands-parents ou dans des familles d’accueil, ou bien sûr, lorsque l’un des parents présente lui-même cette pathologie développant chez les enfants une carence affective à leur tour. Le « terreau » complexe dans lequel naît cette pathologie, devra être encore complété à l’avenir. Sur le plan psychanalytique nous renvoyons le lecteur à des auteurs tels Freud, Racamier, Dorey qui évoquent notamment l’angoisse de séparation, le complexe de castration et l’illusion entretenue chez l’enfant, de remplacer impunément le père auprès de la mère, ce dernier étant totalement évincé, « l’Enfant étant depuis toujours et à tout jamais irrésistible », pour nous attacher à une hypothèse de fonctionnement schématique, nécessitant d’être vérifiée ultérieurement avec le temps, du fait de la complexité des facteurs pouvant entrer en jeu. (4) Dans cette hypothèse, cet enfant pourrait par exemple venir s’inscrire auprès de sa mère, par exemple, dans un temps particulier de son histoire, laissant la porte ouverte à la culpabilité, ou à d’autres facteurs, et partant de là, à un comportement permissif, faisant naître cet « enfant-roi ». Plus cette mère se sent coupable de ce quelque chose par rapport à l’enfant, et plus elle va s’interdire de sévir en cas de besoin pour ne pas raviver cette culpabilité. L’enfant pourrait s’inscrire de cette façon dans une problématique familiale, remontant aux grands-parents voire à des ancêtres plus éloignés. Dans d’autres cas, il pourrait être tout simplement le « mâle » tant attendu dans la continuation de la lignée. Le même levier pourrait s’exercer sur la base d’une souffrance ressentie par la mère et qui l’empêcherait de punir l’enfant pour ne pas le voir souffrir à son tour. (4)- La relation d’emprise- R. Dorey- Nouvelle revue de psychanalyse, n° 24, Gallimard 1981 - Névrose, psychose et perversion- S. Freud- PUF- 2002 - Le génie des origines- P. C. Racamier- Payot- 1 Quoiqu’il en soit, la mère « piédestalise » cet enfant, veille à ce qu’il ne manque de rien, allant au devant de ses moindres désirs, à la mesure de la culpabilité qu’elle ressent, mais nous l’avons vu, sur un fond de carence affective associée, développant progressivement une intolérance à la frustration et les colères, puis plus tard l’instabilité qui l’accompagne que nous retrouvons, avec l’immaturité affective, dans la lignée des symptômes psychopathiques. Or, ce qu’ils attendent de leur mère n’est pas qu’elle règle tout à leur place, mais qu’elle leur donne la place privilégiée dont ils ont besoin, cette attente pouvant à la longue devenir importante à force de frustration, d’où l’agressivité qui en découle et qui va augmenter au fur et à mesure du temps. Parallèlement, en réglant tous les problèmes avant même qu’ils n’effleurent l’enfant, la mère ne lui donne pas l’occasion de se confronter aux difficultés inhérentes à chaque tranche d’âge qu’il traverse, réglant tout à sa place, et dispensant de ce fait un message « subliminal » d’incapacité à régler les choses par lui-même, faisant naître une angoisse qui vient renforcer l’angoisse de séparation et qui sera ravivée à l’âge adulte devant chaque difficulté rencontrée, même la plus insignifiante, ainsi qu’une dépréciation d’eux-mêmes. Cela expliquerait pourquoi les manipulateurs se hâtent de se débarrasser de toute responsabilité sur le dos de leur partenaire, fuyant toute situation anxiogène, masquant cette cruelle défaillance et dépendance par les colères d’impuissance qui en résultent, par une survalorisation d’eux-mêmes et des accusations et dévalorisations à l’encontre de leur victime dont les qualités qu’ils lui convoitent, le renvoient sans relâche à leurs propres insuffisances. Ainsi, « l’honneur est sauf », c’est la victime qui est détentrice des insuffisances. On retrouve là, la survalorisation du pervers et du paranoïaque qui correspond donc à une défense. Effectivement, parmi les reproches et dévalorisations qu’ils lui formulent, on retrouve précisément tout ce qu’ils se reprochent à eux-mêmes inconsciemment. Par ailleurs, l’absence de repères, de limites, associée à la carence affective, va renforcer cette angoisse et le ressentiment contre les parents, les rendant plus tard très agressifs avec leur mère puis leur compagne, puis leurs enfants avec lesquels ils vont se montrer très autoritaires, se sentant au-dessus des lois, fixant eux-mêmes les règles qu’ils imposent à la famille, adoptant l’attitude psychorigide du paranoïaque et se montrant souvent en décalage complet avec la réalité, comme peut l’être le « borderline ». Plus la nécessité de défenses se fait sentir et plus l’organisation sera marquée par la psychorigidité. Ils adopteront une position de domination, et percevant plus ou moins confusément ce « levier » lié à la culpabilité, vont en jouer dans un mécanisme de plus en plus pervers leur permettant de développer une emprise sur leur mère. Un autre facteur vient renforcer cette absence de limites fixées par les parents qui est l’évolution de la Société depuis la deuxième moitié du XXè siècle où l’évolution se fait vers un certain laxisme avec un manque flagrant d’interdits dans l’éducation, une absence de canalisation de la violence familiale par l’éducation, et une chute des valeurs morales et religieuses, aboutissant à une transgression sociale et religieuse. Selon les neurophysiologistes, nous avons dans notre cerveau une partie nommée « cerveau reptilien » qui contrôle les fonctions élémentaires de survie que sont la faim, la soif, la sexualité et ce qui s’y rattache, l’agressivité. Le centre de la sexualité et celui de l’agressivité fonctionnent en relation étroite (ce qui pourrait peut-être expliquer la coexistence de l’agressivité et de la jouissance dans la perversion sexuelle). Or, les interdits fixés dans l’éducation, permettent d’apprendre à contrôler ce cerveau. L’absence d’interdit au contraire, aboutit à une disparition irrémédiable des cellules de contrôle de ce cerveau, libérant l’agressivité. Les répercutions de cette absence de cadrage à grande échelle, risquent ainsi de se terminer un jour dans un raz de marée de violence incontrôlable... Dans le modèle que nous étudions, l’enfant peut renforcer encore la culpabilité de sa mère et par là son « laxisme », en se plaignant d’une préférence de cette dernière pour un autre membre de la fratrie, souvent un petit frère ou une petite sœur, pouvant d’ailleurs être réellement convaincu de cette différence et se sentir délaissé, renforçant ce manque affectif, l’empêchant de développer une maturité affective satisfaisante. Ce nourrisson-rival va lui paraître odieux, survalorisé devant eux, sans qu’on leur rappelle leur propre valeur et susciter chez lui une jalousie féroce, une dépréciation d’eux-mêmes cruelle et une agressivité redoublée contre la mère et le bébé, se nourrissant de tout ce qu’il observera ensuite : mère plus proche du bébé, attitude des adultes qui va tourner autour de cet « avorton » oubliant totalement l’existence de l’aîné : erreur fatale, réprimandes éventuelles, etc. Tout le ramènera à la conviction qu’il n’a plus la valeur et l’importance qu’il avait jusque là, d’où cette forte dépréciation d’eux-mêmes comme chez les pervers et les paranoïaques et un sentiment profond d’abandon qui va réactiver l’angoisse et provoquer un sentiment dépressif. L’ambivalence vient s’inscrire vis-à-vis de cette mère qu’ils adorent et détestent tour à tour, augmentant au fur et à mesure de l’attention qu’elle accorde à « l’autre » et de la déception et frustration qu’ils ressentent. Ils se sentiront d’autant plus délaissés affectivement, si leur mère est peu encline aux démonstrations affectives, développant chez eux ce vide vertigineux, ce monstre épouvantable tapi dans l’ombre, contre lequel ils n’auront de cesse de lutter toute leur vie, développant une défense contre l’angoisse et la dépression, de façon d’autant plus rigide que le risque dépressif est grand. Ils vont « s’envelopper d’une gangue de protection » contre la douleur et l’angoisse, à l’intérieur de laquelle ils vont apprendre progressivement à éteindre tout affect pour ne plus souffrir. Tout affect devenant dangereux pour eux car inconsciemment rattaché au risque de souffrance. Ces affects vont ainsi se rétrécir comme une peau de chagrin, laissant une enveloppe vide. Ce combat contre la souffrance va les freiner considérablement dans leur maturation affective et leur épanouissement intellectuel, obturant complètement leur possibilité de s’ouvrir aux autres et de s’intéresser à eux, appauvrissant leur système de pensée à une stricte nécessité de se protéger contre tout ce qu’ils perçoivent comme dangereux pour eux, notamment les valeurs de l’Autre et l’amour qu’on leur porte. Ils chercheront sans cesse à colmater ce vide d’une part par des achats sans fin, l’argent constituant pour eux un pilier fondamental de leur système pour tenter de combler ce vide, mais en vain bien évidemment, (puisque l’argent ne peut acheter l’amour et l’attention sincère des autres), et, par une quête affective auprès de leur partenaire auprès de laquelle (duquel) ils n’auront de cesse de se faire plaindre, et à laquelle ils demanderont une incessante attention et tous ces « petits gestes » d’ordre maternel que leur mère leur dispensait (cuisine, entretien de leur linge, éventuellement gestes de tendresse maternels etc.) ou qu’ils en attendaient, comme autant de preuves recherchées de leur existence et de leur importance. On peut dire à ce niveau qu’ils la vampirisent jusqu’à l’épuisement. (5) - Le vampirisme au quotidien- G. Lopez- L’esprit du temps- 2001. Ils se défendent en même temps farouchement de cette dépendance vis-à-vis de leur compagne, en la repoussant et en la rejetant, et, par ce déni de leur existence, trop préoccupés par leur propre vide et la peur du danger. Ainsi, ils se retrouvent piégés dans cette ambivalence très inconfortable, anxiogène, les amenant à ces attitudes contraires de dépendance-rejet. La compagne est vécue comme dangereuse car détentrice de ce dont ils ont un besoin puissant, et en même temps de la faculté de pouvoir les abandonner. De plus nous l’avons vu, elle est aussi pourvue de qualités qui le renvoient à ses cruelles insuffisances (qu’il fantasme comme telles), la rendant doublement dangereuse et provoquant d’autant plus de réactions de mise à distance et d’agressivité. La jalousie qu’ils avaient ressentie vis-à-vis de l’autre membre de leur fratrie ressurgit, mordante. Lorsqu’ils deviendront parents à leur tour, ils se retrouveront projetés dans cette période de leur enfance, retrouvant ce sentiment d’abandon, leur propre enfant devenant à son tour l’odieux rival, le persécuteur, celui par lequel la souffrance arrive, et revoyant dans leur femme, cette mère adulée et détestée, persécutrice, celle dont ils ont tant attendu qui n’est pas venu, et dont ils vont enfin pouvoir se venger par épouse interposée. Pendant leur enfance, toute vengeance était prendre le risque d’être encore plus bannis du paradis « perdu » ou non existant. Ils se sentent à nouveau délaissés, chose insupportable. Leur compagne va « payer » cette torture qu’elle fait renaître : ils vont activer les dévalorisations, les reproches, se détourner ostensiblement de l’enfant, cherchant par tous les moyens à casser le bonheur radieux qu’elle y puise. Ils vont l’obliger aux gestes ménagers ci-dessus dans la toute puissance de leur emprise, en se montrant de plus en plus tyranniques et agressifs, avec des pulsions de mort, telles celles de l’organisation obsessionnelle. Leur jalousie va être décuplée, dévastatrice. C’est le trop plein, la goutte qui fait déborder le vase, la peur extrême de l’abandon. N’ayant pas accès au bonheur, du fait de leur angoisse profonde, de ce vide vertigineux et de cette profonde dépréciation d’eux-mêmes (qu’ils masquent sous des airs supérieurs et écrasants, cherchant à casser toutes les valeurs convoitées chez leur compagne), ils vont faire tout ce qui est en leur pouvoir pour détruire tout germe de bonheur, plus particulièrement bien sûr, celui lié à leurs enfants... Ils ramènent tout à eux dans ce même but, se montrant d’un égocentrisme forcené, s’agrippant aux objets dont ils s’entourent comme autant de « collections ». Du fait de cette profonde dépréciation d’eux-mêmes, ils soignent particulièrement leur image et leur attitude vers l’extérieur, redoublant de charme, de brio, de qualités étalées, leurrant ainsi leur monde très insidieusement. Cette attitude leur sert également à manipuler consciemment leur entourage lorsqu’ils en attendent quelque chose de précis, se montrant tout d’un coup pleins de sollicitude envers une personne, faisant montre de qualités humaines, pour mieux soutirer ensuite quelque chose aux personnes témoins. Ainsi, les manipulateurs luttent contre ces pendants négatifs d’eux-mêmes et de leur vie, par tout un système de défenses répondant à chaque élément de leur mal-être, la carence affective et la dépréciation d’eux-mêmes, oscillant sans cesse entre l’expression de leur mal-être et leurs défenses, entraînant leur entourage dans un va-et-vient instable, des revirements d’attitudes brutaux et déstabilisants, une ambivalence rendant l’entourage également ambivalent à leur égard, partagé entre la révolte devant son agressivité, et l’apitoiement devant cette profonde vulnérabilité qu’ils provoquent. Ils se trouvent en effet devant un paradoxe : à la fois ils ont terriblement besoin de leur victime, pour tenter de colmater leur brèche et, pour asseoir leur emprise visant à la destruction totale qui pourrait fonctionner comme une réassurance : « elle n’a pas de valeur, elle n’est rien à côté de moi ». En même temps, cette dépendance leur fait peur et les pousse à une dévalorisation accrue de l’Autre, à une survalorisation d’eux-mêmes, ainsi qu’à un rejet brutal de leur compagne. Le système ne peut qu’aller crescendo, la rébellion de leur partenaire étant ressentie comme très dangereuse pour eux, d’où les colères et la violence pour s’y opposer. Le tout fonctionnant comme un cercle vicieux, basé sur d’incessantes défenses à tout niveau qu’ils cachent avec le plus grand soin, l’ensemble s’exprimant par un système très psychorigide, à la mesure de la profondeur de leurs troubles. Lorsque la compagne parle de séparation, elle « met le feu aux poudres », ravivant de plein fouet l’angoisse de séparation et déclenchant ce terrible ouragan. Le degré de perversion peut s’accroître lorsque la mère joue elle-même un jeu ouvertement pervers tout au long de la construction de son enfant. Lorsque par exemple celui-ci en frappe un autre à l’école et est payé de retour, mentant à sa mère sur sa participation à l’origine de la rixe, celle-ci, sachant parfaitement que son enfant est en tort, va prendre fait et cause pour lui, se montrant complice du mensonge, l’incitant ainsi à développer cette stratégie payante et à l’affiner au fil du temps jusqu’à en devenir de véritables mystificateurs. Du même coup, elle lui montre comment enfreindre la loi et comment se faire plaindre utilement et efficacement. De plus, l’enfant aura la jouissance de voir l’autre se faire punir à sa place et devoir lui présenter d’humiliantes excuses. Inutile de préciser que lorsque la mère est perverse, le père n’a ni sa place, ni son mot à dire : il est effectivement totalement « castré », instrumentalisé. Il est lui-même victime du mirage que sa compagne a fait miroiter devant ses yeux, cette période idyllique de leurs débuts, pris au piège d’un revirement brutal où il est devenu tout-à-coup un « gros nullard, très con, incapable de tout, y compris de la satisfaire sexuellement, amenant insuffisamment d’argent à la famille etc. », croulant devant les enfants, sous des récriminations assassines. La famille est ballottée par les mêmes revirements d’humeur qu’avec les hommes manipulateurs, les mêmes colères, les mêmes dévalorisations. La mère peut atteindre le degré de perversion décrit plus haut, le redoutable cyclone de haine et d’agressivité, « embrigadant » les enfants contre le père, jusqu’à le faire destituer de son autorité parentale dans certains cas..., inculquant aux enfants, notamment aux filles, l’agressivité et la haine contre leur père et contre toute la gente masculine, les privant du seul pilier structurant et aimant pour leur construction, et se comportant avec une psychorigidité incroyable, ignorant tout principe de réalité. L’enfant reproduira ce comportement à l’âge adulte avec ses partenaires. Dans d’autres familles, c’est le père qui a un comportement manipulateur destructeur, asservissant et dévalorisant la mère devant les enfants, établissant, comme peuvent le faire les femmes également, des différences avec certains d’entre eux en fonction de la valorisation narcissique qu’ils y puisent, rajout ant chez ces derniers la souffrance d’être les seuls à « bénéficier d’un régime de faveur ». L’image de la mère est détruite, et par là, celle de la gente féminine, aux yeux des fils notamment, les privant également du seul pilier aimant et structurant. En découlent, très schématiquement, dans un cas comme dans l’autre, des répercussions variables sur les fils et les filles, certains devenant eux-mêmes des victimes de manipulateurs destructeurs ou autres agresseurs à l’âge adulte, d’autres au contraire, devenant eux-mêmes des manipulateurs destructeurs. Globalement, si l’enfant est mis en situation « privilégiée » par le parent agresseur, il aura tendance à reproduire le même comportement sur ses futurs partenaires, et s’il est mis en situation d’agression, il risquera de devenir victime d’un partenaire agresseur. L’homosexualité peut venir s’inscrire dans ces problématiques douloureuses où ce parent manipulateur refuse de reconnaître aux enfants une identité sexuelle et un droit d’existence au sens complet du terme. Il ne faut pas en déduire hâtivement qu’il n’y a que des « victimes désignées ». Le manipulateur destructeur va « implanter son parasitisme » là où il sera accepté, c’est-à-dire, là où c’est facile pour lui. On voit d’ici le « profil-type » de la victime : celle qui croit en certaines valeurs fondamentales de l’Etre, honnêteté, sens de l’éthique etc. et en un idéal de famille. Celles qui croient que les autres fonctionnent de la même manière qu’elles, fonctionnant ainsi dans un système dans lequel la perversion est une langue complètement étrangère, inconnue, où la stratégie de destruction et d’emprise n’existe pas. Celle-ci va donc pouvoir s’insinuer subrepticement en utilisant notre système de « code » pour mieux s’infiltrer, en l’occurrence au début de la relation, en simulant le comportement de l’amoureux (se) transi(e). Les signaux émis par l’agresseur ne peuvent de ce fait pas être décodés, car trop éloignés de leur propre système de pensée. Ces personnes sont légion et on voit ainsi que les victimes potentielles sont nombreuses, le vivier étendu... On en voit beaucoup également dans le monde du travail où le manipulateur destructeur fond sur sa victime qui est aussi interchangeable que dans le domaine familial (une « tête de turc » en chasse une autre, nécessitant de ce fait impérativement de la part du groupe une cohésion efficace... pour éviter ce « jeu de massacre » itératif), la victime pouvant avoir eu une enfance et une vie d’adulte sans écueil... Il faut noter qu’à l’inverse de la manipulation dans le cadre du travail, celle dans la famille est beaucoup plus grave car elle se situe dans le champ affectif, champ le plus vulnérable, dans l’intimité de l’être la plus profonde. La différence fonctionne un peu de la même manière que pour les agressions physiques : une agression est toujours mal vécue, mais d’autant plus si elle se passe au domicile même de la victime, dans ce « cocon » où elle est censée être à l’abri des dangers habituels, dangers extérieurs. C’est le cas notamment pour les cambriolages au domicile qui sont vécus comme très intrusifs, la victime n’ayant plus de zone de repli protecteur. Le milieu familial devant pourtant être une zone de protection… L’atteinte de la part profonde de l’être, est la plus dévastatrice, notamment chez les enfants qui sont en pleine construction psychologique. Les enfants étant témoins de la violence exercée sur le parent victime qu’ils ne sont pas en mesure de protéger, ce qui les culpabilise, les fait souffrir et les renvoie à un sentiment d’impuissance qu’ils retrouveront à l’âge adulte, ces enfants, sont en danger pour leur construction future. Un parent violent avec son (s a) conjoint(e), ne peut être considéré comme un parent sain et structurant, ce qui est précisé maintenant dans le cadre de la nouvelle loi sur les violences conjugales du 9 juillet 2010. *** ASPECTS PRATIQUES : QUE FAIRE DEVANT UN MANIPULATEUR DESTRUCTEUR ? Après avoir étudié les différents aspects de la manipulation destructrice, les organisations pathologiques auxquelles elle renvoie, et un schéma de fonctionnement tentant d’expliquer les raisons du comportement du manipulateur, nous allons nous attacher maintenant à une partie plus pratique du problème qui est de savoir ce qu’il faut faire, face à un manipulateur destructeur. La sortie de livres donnant une première approche de la problématique du harcèlement moral et de la manipulation dans la sphère familiale, (6) a permis aux victimes de se retrouver pleinement dans les situations décrites et ainsi d’identifier le problème et d’y mettre un nom, de comprendre que tout le poids de la responsabilité ne penchait pas de leur côté, mais de celui du manipulateur destructeur et qu’elles n’étaient pas seules à vivre ce problème, leur donnant en quelque sorte un début de « réhabilitation ». Un grand nombre de victimes de manipulateurs (hommes ou femmes, mais surtout femmes) viennent consulter après avoir lu ces ouvrages, et ainsi une partie du travail psychothérapique est déjà entamé. La thérapie leur permet d’« apprivoiser » les tenants et aboutissants de cette manipulation, de se déculpabiliser, de lever progressivement le doute qui les emprisonnait, de retrouver l’estime de soi, et de se reconstruire. Avec une thérapie éclairée, la victime sort de cette emprise et de ces souffrances très rapidement. Ailleurs, lorsque la victime se retrouve seule, nous l’avons vu, isolée par leur conjoint, la reconstruction va s’avérer considérablement plus hasardeuse et longue, la victime devant faire face à tout le cataclysme des dernières étapes de la vie commune et de la séparation, assaillies par le conjoint, le doute, la culpabilité, la souffrance, les aspects plus pratiques de la reconstruction, le marasme financier auquel elles sont acculées etc. Les groupes de parole trouvent ici une place privilégiée, permettant d’accélérer les prises de conscience, la prise de distance et la reconstruction. Ils rassemblent des victimes vivant le processus de manipulation à des temps différents, leur permettant de se situer dans ce processus, de bien en mesurer la stéréotypie (nous avons vu que le comportement des manipulateurs est strictement identique d’un cas à l’autre, qu’ils sont comme « clonés » les uns sur les autres). D’entendre les mêmes reproches, les mêmes dévalorisations, les mêmes insultes prononcées par d’autres, leur permet de relativiser rapidement leur part de responsabilité dans leur histoire et de mieux entrevoir à quels affres elles iront s’exposer si elles font le choix de poursuivre leur vie commune avec leur conjoint. Une cohésion bienveillante s’installe également entre les victimes qui va leur redonner une place parmi d’autres êtres humains. Ceux-ci, non seulement ne vont pas les juger, mais ne vont pas non plus les déprécier, et surtout, vont les croire puisqu’elles sont elles-mêmes passées par les mêmes tourments : c’est un retour vers la socialisation, constructif, avec une reprise de confiance en soi, un retour vers l’existence. Lorsqu’elles ont identifié le problème, elles finissent dans les meilleurs cas, par prendre la décision de quitter leur agresseur, ce qui est la seule solution viable pour elles et leurs enfants. Certaines associations aident les victimes avec efficacité. Tout un parcours plein d’embûches les attend alors, véritable parcours du combattant qui est celui de la procédure, mais la « renaissance » est au bout. (6)- Le harcèlement moral- M.F. Hirigoyen- Syros- 1998 - Les manipulateurs et l’amour- I. Nazare- Aga- Les éditions de l’Homme-2000 Il est fondamental de préparer le dossier pour la procédure avant même de s’enfuir. La difficulté va être de trouver un avocat qui soit consciencieux, qui connaisse le problème de la manipulation destructrice pour le mettre en évidence, et qui soit dans une écoute bienveillante de la victime, son attitude fonctionnant alors à l’inverse de celle par laquelle elles ont connu l’enfer, et constituera une première étape dans leur réhabilitation. Ce dossier devra comporter des témoignages décrivant les points importants de la manipulation destructrice, les certificats médicaux éventuels, et devra comporter toutes les originaux ou photocopies des papiers importants concernant la vie commune (contrat de mariage, certificat de propriété pour les biens immobiliers etc.), tous papiers montrant l’origine des financements de ces biens, et les documents nécessaires pour « établir les revenus et la répartition des charges de chacun etc. » La partie qui va être très difficile à constituer, concerne les témoignages, puisque tout s’est passé nous l’avons vu, dans le huis clos de l’institution familiale. Il doit comporter le plus de témoignages possibles, mettant en évidence les points importants de la manipulation destructrice décrits et résumés précédemment, de façon claire et concise. Mais, la victime ayant été isolée par son conjoint, aura du mal à trouver des personnes pouvant s’acquitter de cette importante tâche: les membres de la famille, les quelques rares amis restants encore, et, quand ils le veulent bien ou quand ils n’ont pas été déjà manipulés par le conjoint, les voisins. La victime devra s’attendre, nous le savons, à recevoir ses propres griefs en retour contre elle par le manipulateur destructeur, puisque celui-ci les reprend à 180°. Elle devra attirer l’attention sur tout faux témoignage, puisque le manipulateur n’hésite pas à en fournir, et s’expose au risque de recevoir en pleine figure des témoignages contre elle, de gens qui se montraient particulièrement bienveillants avec elle avant, et va se sentir trahie et bafouée. Cela fait partie de la « règle du jeu » de la procédure. Maintenant en France, grâce à la nouvelle loi sur la violence conjugale, les enregistrements et tout élément de preuve deviennent possibles. Malgré le désir de fuir très loin, il ne faut surtout pas négliger ce temps de la constitution des preuves pour la procédure desquelles vont découler des décisions fondamentales concernant notamment l’avenir des enfants (pension alimentaire, et surtout droit de visite et d’hébergement). Fréquemment la victime, sous les pressions répétées de leur conjoint, va décider de renoncer à la pension alimentaire, pensant calmer la violence de leur agresseur, mais cela n’empêchera pas cette violence et nul ne sait ce que l’avenir leur réserve, les temps sont durs. Devoir un jour priver ses enfants de choses fondamentales pour eux, faute de moyens, devient plus tard une nouvelle torture. Même si le manipulateur destructeur présente cette demande comme une tentative culpabilisante de « profiter » de lui, la réalité est bien toute autre. Ce point sera un des bastions de la lutte après la séparation pour les raisons évoquées tout au long de ce livre. Le combat le plus dur va commencer lors de la décision de rupture. L’idéal est d’éviter soigneusement de parler à son conjoint de cette décision sous peine de s’exposer à ses foudres, ses chantages au suicide, voire une violence physique pouvant se terminer par un drame. La cohabitation devient difficile, car la victime est déjà sur le point de départ, tout en ne devant rien précipiter, et, parce que le conjoint sent bien qu’il y a un certain changement d’attitude chez sa victime et qu’il va resserrer les mailles du filet, se mettant à surveiller les agissements de celle-ci, son téléphone portable, son ordinateur etc. Il vaut mieux éviter toute confrontation directe avec lui, fuir le dialogue et le conflit, rester très évasif dans ses réponses, tout en restant le plus « naturel » possible, gymnastique périlleuse, d’une part parce qu’au moindre faux-pas, la violence va déferler comme un raz de marée, avec une violence physique fréquente, et d’autre part, parce que les manipulateurs destructeurs n’entendent pas les choses, fonctionnant dans leur système de pensée, en dehors de la réalité et en même temps ancré dans leur réalité financière et procédurière avec de bonnes longueurs d’avance sur leur victime. En cas de violence physique, une plainte doit être déposée au commissariat, et un certificat médical détaillé doit être établi (par exemple à l’unité médico-judiciaire la plus proche ; le commissariat en donne l’adresse à la victime), décrivant les lésions dans leur détail et l’état psychologique de la victime. Un certificat peut également être établi par un psychiatre victimologue, pour faire une description détaillée de l’état psycho-traumatique dans lequel se trouve la victime, surtout si ce médecin suit par ailleurs cette dernière et peut encore mieux mesurer l’impact de l’agression sur elle. En France, la consigne du Conseil de l’Ordre des Médecins est que le médecin ne doit en aucun cas porter une précision sur l’identité de l’agresseur présumé. Il doit mettre des points de suspension ou un X à la place de l’identité de ce dernier, sous peine d’être condamné par le Conseil de l’Ordre pour « immixtion dans la famille », même si le magistrat saisi, possède cette identité par la procédure introduite par le parent victime et si la décision incombe au magistrat de déterminer si l’agresseur présumé est ou non un agresseur, en se basant sur l’ensemble du dossier qu’il possède. De la même manière, le médecin ne doit pas rapporter les propos de la victime, même s’ils sont attribués à cette dernière et mis entre guillemets. Il s’expose dans ce cas à une condamnation pour « certificat de complaisance », pour le plus grand bonheur du manipulateur destructeur qui va se sentir encouragé à initier toujours plus de procédures afin de bloquer toute possibilité pour la victime d’apporter des preuves de son vécu traumatique. Si la victime parle de « harcèlement », la consigne du Conseil de l’Ordre en octobre 2009, est de ne pas mentionner ce terme, « ni même une périphrase signifiant la même chose parce que le harcèlement est punissable en correctionnelle ». Le harcèlement, partie la plus perceptible de la manipulation destructrice, devient maintenant sanctionnable au pénal également dans la sphère familiale par la loi du 9 juillet 2010. La rédaction de tels certificats devient plus délicate encore pour le médecin, si par malheur, la victime dit avoir été victime d’un viol par son conjoint, le viol étant punissable aux Assises. On peut supposer que la mention de « viol » doit de ce fait encore moins figurer dans le certificat, ce qui en limite les termes à « Madame Untel, dit avoir été victime de … par X ». Le risque pour le médecin restant d’être condamné pour « complaisance » s’il reproduit les propos de la victime, même en les plaçant entre guillemets etc. Ainsi, le certificat médical se retrouve vidé de son contenu et perd de son sens. De même lorsque le psychiatre recueille les propos tenus par un enfant, plus particulièrement en cas d’inceste ou de comportement incestuel surajouté, ce qui est fréquent dans le cadre du processus de manipulation destructrice, nous l’avons vu, la consigne actuelle du Conseil de l’Ordre est que le médecin ne doit en aucune manière faire figurer l’identité de l’agresseur, bien que le magistrat saisi, ait cette identité par le parent plaignant. Le médecin doit écrire : « l’enfant untel raconte que : « X » ou bien : « … » m’a dit ou fait telle chose ». Sinon, le médecin risque, là également, d’être condamné pour « immixtion dans la famille », et « complaisance » en rapportant les propos de l’enfant, même s’ils sont mis soigneusement entre guillemets et attribués à l’enfant. En ce qui concerne un enfant, cela pose un problème, dans la mesure où la parole de l’enfant doit être saisie au moment où elle est libérée. Elle peut contenir tous les éléments de violences commis à son encontre. Or, l’enfant étant soumis à des pressions permanentes par son agresseur, il finit en général par se refermer et ne plus rien livrer, percevant le danger qu’il y a, à transmettre certaines informations. Dans ce cas, toute preuve d’agression disparaît. Les plaintes et signalements sont souvent classés sans suite, faute de preuves suffisantes. Mais, dans l’attente des preuves nécessaires, ce qui peut être long si la parole de l’enfant est verrouillée, ce dernier peut se trouver exposé à son agresseur un week-end sur deux, ou pire encore si celui-ci en a la résidence, en vertu, nous l’avons vu, du principe de précaution qui vise à considérer l’agresseur présumé comme « innocent tant que la preuve de sa culpabilité n’a pas été apportée ». Lorsque le moment de partir arrive, la victime doit impérativement déposer une main courante au commissariat, établissant « qu’elle quitte le domicile conjugal, pour se rendre à telle adresse avec ses enfants ». Il ne pourra pas lui être reproché de cette façon, de s’être enfuie du domicile en « état de démence » irresponsable. A partir de ce moment là, la communication entre les époux puis futurs ex-époux devra se faire uniquement par avocats interposés, aucun papier ne devra être signé ni écrit, sans avoir été contrôlé au préalable par son propre avocat, aucun renseignement ne devra être fourni même par téléphone, risquant toujours d’être réutilisé contre la victime. La guerre va commencer, comme l’avait si bien annoncé le manipulateur destructeur qui se sert de tout prétexte pour faire paniquer sa victime, y compris d’arguments totalement fallacieux, se servant pleinement et largement du droit de visite et d’hébergement pour poursuivre sa destruction et ses suppliques simultanément... La mauvaise foi fait loi et rien ne le fera fléchir. Il a déjà tout programmé, notamment sur le plan financier pour se soustraire le plus possible à ses devoirs de contribution à l’éducation des enfants, et pour réclamer à cor et à cri la garde des enfants, pouvant user de stratagèmes terribles pour retirer les enfants à sa victime et la mettre « sur la paille ». Ils sont obstinés, entêtés, tyranniques, au-dessus des lois, et il serait illusoire de croire un seul instant pouvoir trouver un quelconque terrain d’entente, un divorce par consentement mutuel, même si ce piège à mouches est avancé par certains d’entre eux. Lorsqu’il n’exerce pas son droit de visite, il est nécessaire de le mentionner dans une main courante au commissariat, pour en garder une trace écrite. Nous avons vu que le maintien de l’autorité parentale conjointe permettait la poursuite de la violence, de même que le droit de visite et d’hébergement, ou pire encore la résidence des enfants chez le parent agresseur (résidence alternée ou résidence exclusive) et il appartient de mettre en œuvre les mesures nécessaires pour mettre les enfants à l’abri de la manipulation destructrice, (ou de toute forme de maltraitance familiale), en limitant et en encadrant les rencontres avec le manipulateur destructeur, dans une formule de droit de visite pur et simple, en présence de professionnels formés à ce processus de destruction. La famille du parent manipulateur destructeur peut, nous l’avons vu, avoir un fonctionnement pathologique, à l’origine de celui de ce parent agresseur. Ainsi, fixer un droit de visite et d’hébergement en présence d’un membre de la famille de ce dernier, aura les mêmes effets dévastateurs sur les enfants qu’avec le parent agresseur seul : l’agression se poursuivra sur ces derniers, et pourra même être aggravée par vengeance de la part de cette famille. Les modalités de rencontres entre le parent manipulateur et ses enfants restent à définir, et peuvent s’aider du milieu associatif, sous réserve que les associations soient formées à la connaissance des maltraitances familiales et plus particulièrement de la manipulation destructrice et qu’elles jouent leur rôle en ne laissant pas le contact s’établir sans contrôle entre le parent agresseur et les enfants, comme c’est parfois le cas, rendant caduque la mesure mise en place... Pour confirmer l’existence de la manipulation destructrice, et suivre l’évolution de l’impact du droit de visite, il est impératif que les enfants et le parent victime puissent être entendus si nécessaire, par des psychiatres formés à ces problèmes délicats, ou directement par des Juges eux-mêmes formés. Le système de la médiation est contrindiqué lorsqu’un des parents est manipulateur destructeur et la nouvelle loi du 9 juillet 2010 le stipule enfin. Cette loi comporte une ordonnance de protection qui peut être mise en œuvre en urgence afin de protéger les victimes (cf. ci-dessous). *** En conclusion, les manipulateurs passent leur vie à lutter contre leur vide affectif, la dépréciation d’eux- mêmes, et l’angoisse et la dépression que ces perceptions génèrent au fond d’eux, par un système de défenses retourné contre leur victime pour la paralyser et la détruire, car ils retrouvent en elle ces choses qui leur font si cruellement défaut depuis l’enfance : qualités, amour. Ils n’ont de cesse de dissimuler leurs intentions et ce qu’ils croient inconsciemment être leurs insuffisances. Ils entraînent chez leurs victimes l’apparition de leurs propres symptômes : angoisse, dépression, et finissent par faire éclater tous leurs points de repères, ou, empêchent leurs enfants d’en acquérir. Ils fonctionnent comme de véritables mécaniques à détruire leur entourage à tout prix et sont de ce fait dangereux pour autrui, notamment les enfants. Les psychiatres s’accordent pour dire que ces psychotiques ne sont pas curables, d’autant qu’ils refusent toute démarche introspective, ressentie sans doute comme trop périlleuse pour eux. S’il est fondamental que les enfants maintiennent un contact étroit avec chacun de leur parent, lorsque ceux-ci sont « sains », en revanche, si l’un d’eux est maltraitant, particulièrement manipulateur destructeur, c’est-à-dire, psychotique, il est fondamental que les enfants soient préservés. La situation entre les conjoints dans ce cas, n’est pas celle « d’un conflit ordinaire parental, entraînant un conflit de loyauté chez les enfants », mais celle d’une situation hautement pathologique, avec un parent maltraitant, psychotique, face à des victimes. L’idéal sur le plan préventif serait bien sûr, de détecter les troubles pendant l’enfance et de prendre ces enfants en thérapie, pour éviter l’élaboration de cette construction néfaste, en prenant en compte le problème posé par la relation de ces enfants avec le parent manipulateur. Si des campagnes peuvent être réalisées à l’école et dans les médias pour enseigner le respect entre les petits garçons et les petites filles, il est évident que pour ceux qui vivent dans un milieu familial où sévit la manipulation destructrice, le problème va au-delà du simple respect entre les sexes. Par ailleurs, la diffusion large de ce type de livre auprès du grand public permettra également à une population étendue de prendre conscience de l’existence de ce processus de manipulation destructrice, constituant la meilleure des préventions possible afin d’éviter les mailles du filet de ce type d’agresseur. Sachant la fréquence de cette problématique de manipulation destructrice qui touche environ 1/3 de la population, la prévention serait effectivement à large échelle. Ce type de livre pourrait quasiment faire partie de toute démarche prénuptiale, au même titre que la prise de sang obligatoire. Il trouverait pleinement sa place dans les programmes du lycée, pour amener les adolescents à une réflexion approfondie sur ce sujet pour leur éviter de se retrouver piégés dans une telle relation à l’âge adulte. Enfin, la connaissance approfondie de la manipulation par les professionnels concernés (magistrats, avocats, psychiatres et psychologues, acteurs sociaux, notaires, policiers, gendarmes, enseignants etc.) permettra aux victimes, d’être aidées efficacement. La France est le premier pays à s’être doté d’un délit spécifique de « harcèlement psychologique » dans le couple et la famille (cf. ci-dessous). Le harcèlement psychologique n’est que la partie « visible » de l’iceberg que constitue le processus de manipulation destructrice. La destruction, tapie dans le huis clos familial, est beaucoup plus insidieuse et difficile à repérer par un œil non averti. Mais lorsqu’on a compris comment fonctionne ce processus, lorsqu’on en a les clés, qu’on soit une victime, une victime potentielle, un enfant, ou un professionnel judiciaire, les choses deviennent plus claires et tout prend un sens nouveau. Comme le comportement des manipulateurs destructeurs est stéréotypé d’une histoire à l’autre, il devient en effet plus aisé de les repérer. Comme l’avalanche de procédures qu’ils entament après la séparation est tout aussi stéréotypée que leur comportement dans le huis clos familial, leur but devient plus facilement repérable et permet d’anticiper leurs réactions. J’ai proposé à l’Assemblée nationale, au moment du travail de la Commission des Lois sur la nouvelle loi promulguée ensuite le 9 juillet 2010, une procédure à guichet unique. Dans cette proposition, toute nouvelle procédure de séparation serait examinée par un magistrat rompu à la connaissance du processus de manipulation destructrice, si nécessaire avec l’aide d’un psychiatre victimologue, lui-même formé dans ce domaine. Sitôt le repérage d’un parent manipulateur destructeur fait, il devient plus aisé de comprendre instantanément ce que le parent victime et les enfants ont vécu dans le huis clos familial, de prévoir l’avalanche de procédures que le parent manipulateur destructeur va introduire, et de définir immédiatement les mesures à prendre pour protéger le parent victime et les enfants. Compte tenu du profil psychotique des manipulateurs destructeurs, il est en effet indispensable de limiter le contact de ce dernier avec leurs enfants, nous l’avons vu, et de circonscrire ce contact dans un lieu neutre, en présence d’un professionnel lui-même formé à la connaissance du processus de manipulation destructrice, afin de limiter notamment le prononcé de petites phrases insidieuses de la part du parent agresseur qui vise à jeter le trouble dans la tête des enfants sur le parent victime et sur les enfants eux-mêmes, et à se présenter comme une victime et non un agresseur. Une fiche de synthèse serait réalisée ensuite par le magistrat sur la situation de la famille concernée et celle-ci pourrait être, le cas échéant, transmise au Juge pour Enfants, au Procureur de la République ou à tout autre magistrat saisi par l’un des parents dans une procédure ultérieure. Le gain de temps et la simplification de ces procédures s’en trouveraient grandement améliorés, ce qui permettrait de désengorger les tribunaux où ces dossiers complexes s’accumulent et cela réduirait de façon importante les frais de procédures. Les victimes seraient de ce fait aidées efficacement. Le comportement des manipulateurs destructeurs étant, encore une fois, totalement stéréotypé d’un cas sur l’autre, il devient un canevas sur lequel l’analyse d’un dossier peut plus aisément s’appuyer. L’efficacité de la nouvelle loi du 9 juillet 2010 repose sur la formation des professionnels judiciaires. A défaut, les victimes continueront à ne pas être crues et aidées, et subiront de ce fait, la même violence institutionnelle qu’auparavant, malgré la bonne volonté des magistrats. Certains principes solidement ancrés, tels que le maintien à tout prix, de la relation étroite entre les enfants et chacun de leurs parents et celui de l’autorité parentale conjointe, devront être reconsidérés dans ces situations fréquentes de maltraitances familiales, et plus particulièrement de manipulation destructrice. **** |